Le libraire Alexandra ferme des dizaines de magasins en Hongrie

Depuis quelques semaines, les librairies de l’enseigne hongroise Alexandra ferment leurs portes les unes après les autres. Plus de la moitié des 56 boutiques du franchisé Rainbow Kft. sont concernées, les 28 autres ayant déjà trouvé des repreneurs.

Corvin Plaza, Andrássy út, Károly körút… A Budapest, les magasins du libraire Alexandra se vident peu à peu. Malgré des écriteaux indiquant une « fermeture pour raisons techniques », certaines boutiques semblent avoir tiré leur rideau définitivement. La première boutique à avoir fermé est celle du centre commercial Corvin dans le huitième arrondissement. Déjà libéré de ses livres et ameublements, il ne reste comme trace de l’enseigne que le logo au dessus de l’entrée.

Ces fermetures concernent en réalité les 56 boutiques gérées par la société Rainbow Üzletlánc Kft., dont 24 ont pu être reprises par Janikovszky és Kolosi Kft. (une alliance de maisons d’édition qui rassemble Líra Könyv Zrt. et Móra Kiadó Zrt.), et quatre par des sociétés détenues par le fondateur d’Alexandra, Dezső Matyi. Sur les 362 salariés licenciés par Rainbow, la moitié devrait être rembauchée par les repreneurs. Le sort de la vingtaine de boutiques restante n’est pas encore connu.

La raison de ces fermetures semble imputable à la société franchisée Rainbow, laquelle a indiqué en janvier ne plus avoir les moyens de faire fonctionner les magasins Alexandra qu’elle gérait. Selon Index, la société PD Consulting propriétaire de Rainbow avait alors déclaré être à la recherche d’un repreneur pour la gestion de ces 56 boutiques. Une nouvelle alors fraîchement accueillie par le franchiseur et fondateur d’Alexandra Dezső Matyi, selon lequel le but de PD Consulting « n’était pas de se battre pour le réseau Alexandra, ni pour ses salariés ou encore ses 20-25% de surface de vente, mais de s’en servir pour faire disparaître ses transactions illégales », selon des propos rapportés par Index.

Reste à savoir quels seront les impacts des turbulences traversées par la chaîne de libraires auprès des petits acteurs du secteur. Pour un célèbre libraire indépendant de Budapest, auquel nous avons posé quelques questions, « le lecteur qui achète à Alexandra n’est pas le même que celui qui vient dans une petite librairie où le calme règne, tandis que dans une grosse chaîne, le client fait affaire avec un vendeur et pas un conseiller ». Paradoxalement, c’est l’afflux potentiel de nouveaux clients qui risque, selon lui, de poser problème aux petites boutiques de la capitales : « les clients vont se tourner vers les autres librairies et cela risque d’engendrer la sur-fréquentation des librairies plus petites qui souffriront d’un manque d’espace et de personnel ».

Par ailleurs, les petites librairies n’offrent pas tout à fait la même gamme de choix susceptibles de contenter les habitués d’Alexandra. Les livres sont souvent plus spécialisés, notamment en littérature hongroise classique ou en sciences humaines et sociales. C’est Libri, le géant allemand de la distribution de livres qui risque de profiter à plein pot des difficultés de son plus gros concurrent dans le pays. Selon l’Union hongroise des éditeurs et libraires (MKKE), les difficultés de la société fondée à Pécs en 1993 ne s’arrêtent pas à ses démêlés avec Rainbow : la branche distribution du groupe Alexandra aurait contracté près de trois milliards de forint de dettes ces dernières années (près de dix millions d’euros).

Yohan Poncet