Liberté de la presse en Hongrie : quelques critiques et beaucoup de silences…

Force est de constater que gouvernement hongrois n’a pas pris dans la figure la volée de bois vert à laquelle on pouvait s’attendre après l’adoption de la loi sur les médias, lundi soir, qui restreint la liberté de la presse en Hongrie. Où est l’Europe politique ?

Budapest, Szabadsage tér, lundi 20 décembre (Hu-lala)

Trois jours après l’adoption de la nouvelle législation, aucun politicien européen de premier plan n’a encore osé critiquer le gouvernement hongrois et son premier ministre Viktor Orban pour cette mesure. Comment alors ne pas comprendre que les Etats européens ne souhaitent pas se fâcher avec la Hongrie, alors que celle-ci va prendre la présidence de l’Union européenne dans quelques jours à peine ? A moins que la situation politique interne d’un pays de l’Union européenne ne soit considérée que comme une affaire interne qui n’intéresse pas les autres membres.

Après 24h d’un silence assourdissant de la part de tous les Etats membres et des institutions européennes, l’Allemagne est finalement sortie, très timidement, de sa réserve. Non pas par la voix de la chancelière Angela Merkel elle-même, mais par celle du simple porte-parole adjoint du gouvernement, Christoph Steegmans, qui a gentiment rappelé mercredi qu’ « En tant que pays qui va prendre la présidence de l’UE, la Hongrie assume une responsabilité particulière pour l’image de l’ensemble de l’Union dans le monde« .

Au Parlement européen, seul le groupe des Verts a demandé à la Commission et aux gouvernements nationaux de l’Union d’exiger son retrait. A Bruxelles, la Commission européenne n’a pas daigné réagir ni apporter son point de vue  de manière spécifique sur les menaces pesant sur les médias en Hongrie. « La Commission attache une valeur très importante à la liberté de la presse et au pluralisme des médias et nous suivons cette affaire de très près« , s’est contenté de communiquer la Commission via un petit porteur de parole, rapporté par l’AFP. La Commission ne s’est pas risquée non plus à se prononcer sur l’affirmation du gouvernement hongrois selon laquelle le texte de loi votée lundi est conforme aux normes européennes.

« Une concentration des pouvoirs sans précédent dans les démocraties européennes » _ OSCE

La seule instance européenne à avoir sévèrement condamné, à ce jour, le gouvernement hongrois est l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe. « Je crains que le parlement hongrois ait adopté une législation des médias qui, si elle est mal utilisée, pourra réduire au silence les médias critiques et le débat public dans le pays« , a indiqué dans un communiqué la représentante de l’OSCE pour la liberté des médias, Dunja Mijatovic. « Une telle concentration des pouvoirs dans des autorités de régulation est sans précédent dans les démocraties européennes, et elle porte préjudice à la liberté« , a ajouté Mme Mijatovic. Nous attendons encore d’autres réactions…

Lire le rapport complet de l’OSCE

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Corentin Léotard

Journaliste

Rédacteur en chef de Hulala