Le président slovaque attaque Viktor Orbán sur l’Europe

Dans une interview publiée dans le quotidien slovaque de langue hongroise Új Szó, le président slovaque Andrej Kiska critique l’attitude du Premier ministre hongrois Viktor Orbán vis-à-vis de l’Union européenne.

En Europe centrale, les sorties répétées de Viktor Orbán contre l’exécutif européen ne sont pas du goût de tout le monde, notamment du président de la République slovaque, le philanthrope Andrej Kiska. Alors que le dirigeant hongrois a estimé que le sommet de Bratislava avait été un «échec en matière de politique migratoire», le chef d’État slovaque lui reproche d’avoir été «un peu injuste envers les participants et les organisateurs». Reconnaissant que l’idée européenne est souvent bafouée «par des erreurs, des malentendus ou des problèmes de la vie», il a également estimé qu’elle l’est également «quand des politiciens sont incapables de prononcer le moindre mot positifs sur ​​l’UE et ses institutions, et quand Bruxelles devient synonyme d’injure».

Andrej Kiska a poursuivi sa charge en critiquant de façon à peine voilée la façon dont Viktor Orbán utilise sa confrontation avec l’exécutif bruxellois à des fins partisanes. Pour le chef d’État slovaque, l’idée européenne est ainsi trop souvent instrumentalisée par des gouvernants qui «gardent souvent leurs propres objectifs nationaux en vue».  Et de poursuive en ces termes : «ils ne s’intéressent pas à l’amélioration de l’UE, mais seulement à leurs résultats aux élections nationales, ils simplifient donc des questions complexes par cynisme ou par exagération». Engagé dans un référendum sur les quotas de réfugiés, le gouvernement hongrois s’est distingué ces derniers mois par une campagne d’affiches ciblant explicitement «Bruxelles» et les institutions européennes.

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La charge d’Andrej Kiska ne peut pas être considérée comptable de celle de l’exécutif slovaque, dirigé par son ancien adversaire à l’élection présidentielle de 2014, Robert Fico. Ce d’autant qu’en Slovaquie, le président de la République ne jouit que d’un rôle honorifique. Elle traduit néanmoins une certaine incompréhension suite à un sommet de Bratislava, marqué par un certain nombre de victoires symboliques des pays d’Europe centrale, notamment sur le plan de la sécurisation des frontières extérieures de l’UE et du dossier chaud des quotas de réfugiés.

Concernant la relocalisation de 160 000 réfugiés selon une clé de répartition décidée en septembre 2015 par la Commission européenne, le rapport de force a clairement évolué en faveur des anciens pays de l’Est. Le Monde rapporte notamment que ce principe de solidarité entre États membres n’apparaît même pas dans les conclusions du sommet. Et de citer un diplomate européen : «Les relocalisations restent nécessaires pour soulager l’Italie et la Grèce [où sont coincés plus de 50 000 migrants]. Mais il est vrai que la solidarité doit être encouragée et accompagnée plutôt qu’imposée». Plus tôt avant son discours sur l’état de l’Union, le président de la Commission Jean-Claude Juncker, avait déjà donné le ton du virage de Bruxelles, évoquant une  «solidarité qu’on ne peut pas imposer».

Ce changement de pied de la Commission européenne n’arrange pourtant pas forcément les affaires du gouvernement hongrois, qui cherche à mobiliser ses troupes en vue du référendum du 2 octobre. Le porte-parole de l’exécutif, Zoltán Kovács, a même été jusqu’à justifier en marge du sommet le maintien de la consultation nationale, au nom de son caractère «préventif». Alors que l’opposition de gauche appelle au boycott du scrutin, Viktor Orbán court un risque politique si ses résultats sont invalidés par une trop faible participation (moins de 50% du corps électoral).

À Bruxelles, les principaux dirigeants semblent aussi avoir appris de leurs erreurs passées, cherchant désormais la pacification des relations avec le chef du gouvernement hongrois. Cette stratégie semble reposer sur deux axes. D’une part, en cherchant à se relégitimer et rassembler les États membres, la Commission évite de donner trop de prise au projet d’Europe des Nations, véritable objectif du maître de Budapest, allié en son temps sur ce sujet avec David Cameron. D’autre part, en acceptant d’amender ses politiques, elle met ses détracteurs face à leurs responsabilités et cherche à les rendre davantage comptables des décisions communes.

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