Le gouvernement veut rétablir le modèle familial «à l’ancienne»

L’esquisse d’un projet du gouvernement hongrois qui sera soumis prochainement au parlement a été publiée par le portail d’actualités Origo la semaine dernière. Il s’agit de la préparation d’une nouvelle législation (concrètement une nouvelle hiérarchie des obligations familiales) sur la moralité au sein de la famille. Officiellement, le projet n’aurait qu’une valeur symbolique. Si ce n’est pour dicter aux familles la marche à suivre en matière de morale et d’éducation, il constitue au moins un nouveau terrain d’expression aux idées traditionnelles du gouvernement.

Le projet a un prédicat de départ fidèle à la conception traditionaliste de la société chère au gouvernement de coalition de la droite chrétienne (KDNP) et de la droite conservatrice (Fidesz) : «La famille est la ressource la plus précieuse du pays et la garantie de la survie nationale». Par conséquent, «il est nécessaire que les valeurs morales essentielles à la protection de l’unité familiale soient légalement réglementées».

Un rappel des fondamentaux

Les enfants devront par exemple mener une vie saine et se comporter conformément à l’éducation que leur auront donné leurs parents. Ces derniers devront quant à eux subvenir aux besoins de leurs enfants quitte à sacrifier une partie de leur existence individuelle. En échange, les enfants ayant atteint l’âge adulte devront s’occuper de leurs parents si ceux-ci devenaient involontairement incapables de subvenir à leurs propres besoins.

Jusque-là tout va bien, en tous cas si l’on fait une comparaison avec les dispositions légales du code civil français sur l’autorité parentale  (article 371, 371-1).

En plus de fournir l’accès à l’éducation, aux soins de santé et plus généralement aux conditions nécessaires au développement spirituel et intellectuel de leurs enfants, les parents seront également responsables de la cohérence entre l’orientation souhaitable et les aspirations personnelles de leurs progénitures.

L’éducation à l’ancienne et le rétablissement de l’obéissance

Si ces dispositions n’étaient pas déjà présentes dans le droit hongrois, il faudrait s’inquiéter. Pourquoi alors annoncer de cette manière des aménagements au code de la famille, si ce n’est pour laisser la porte ouverte à des mesures plus précises et dirigistes ? Selon le gouvernement, les pratiques familiales «de bon sens» se perdent, et il convient de les remettre au goût du jour par une nouvelle hiérarchisation dans la législation.

La manœuvre est assez pernicieuse. Sous l’impulsion du KDNP, ce projet reprend de vieilles lois désuètes (datant de 1952 pour la plupart), pour en faire des «lois moralement prioritaires». Par exemple, le rétablissement de l’obéissance des enfants à leurs parents est au centre du projet. Aussi, en redonnant une nouvelle vie à ces «obligations morales» et en établissant une nouvelle hiérarchie des priorités dans la législation, il sera plus compliqué pour un prochain gouvernement de (re)moderniser la loi à son tour.

Selon une source travaillant sur le projet, il n’est pas encore question d’appliquer des peines à ceux qui ne suivraient pas les consignes ou les lignes directrices d’éducation fixées par le gouvernement : «Il n’y aura évidemment aucune conséquence» a-t-elle déclarée à Origo. «La déclaration de ces droits et devoirs est symbolique. Ils ne font que représenter les valeurs familiales de la majorité gouvernementale» a-t-elle ajouté.

Il ne faudrait donc pas faire tout de suite un procès d’intention au gouvernement, même si ce dernier est coutumier d’une certaine démesure lorsqu’il s’agit de donner des leçons de morale.

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