Le culte de Horthy, au coeur de Budapest

Dimanche 3 novembre, un buste du Régent de la Hongrie de l’entre-deux guerres a été inauguré devant une église calviniste sur Szabadság ter (la place de la Liberté), en présence de députés et membres du parti d’extrême-droite Jobbik. Plusieurs centaines de contre-manifestants ont protesté.

Photo : Német Tamás / Index

Lóránt Hegedűs, un pasteur réformé connu pour ses discours hautement antisémites et le vice-président de la fraction du Jobbik, Márton Gyöngyösi, ont célébré la mémoire de Horthy – qui a dirigé le pays de 1920 à 1944 – devant 400 personnes. Certaines portaient des uniformes militaires, de la gendarmerie impliquée dans la déportation de Juifs, et de la Magyar Garda pourtant interdite.

Le député Marton Gyongyosi a affirmé que Miklos Horthy avait été le plus grand dirigeant hongrois du 20e siècle et critiqué les gouvernements post- 1990 pour leur incapacité à le réhabiliter.

Quelques centaines de contre-manifestants ont organise un flash mob sur ​​la place, certains d’entre eux portant une étoile jaune sur leurs vêtements, ou brandissant les portraits de grands artistes hongrois, d’universitaires, d’athlètes et d’écrivains d’origine juive.

Dans un communiqué diffusé – en plusieurs langues dont le français – les organisateurs de la contre-manifestation affirment que « le Régent a conduit le pays dans la plus grande catastrophe de plus de mille ans d’histoire pendant la Deuxième Guerre Mondiale ».

Les organisateurs reprochent a Horthy d’avoir détruit les valeurs fondamentales de l’état de droit, d’avoir déclaré la guerre aux États-Unis d’Amérique et d’avoir introduit le Numerus clausus (le quota des étudiants juifs dans les Universités).

« En tant que citoyens hongrois de bonne volonté, nous considérons comme inconcevable et nous rejetons de la manière la plus catégorique possible qu’une statue soit érigée en l’honneur de cet homme sur l’une des places les plus belles de ce pays – ou bien ailleurs -. Miklós Horthy est le boucher des Hongrois, soldats, femmes, enfants qui à cause de sa myopie politique est devenu l’un des principaux responsables de l’une des tragédies les plus importantes de notre pays, qui de par ses conséquences est comparable à celles de la perte de la plus grande partie du pays lors de Trianon. »

Des pancartes montraient une photo de Horthy en compagnie d’Adolf Hitler, son allié pendant la seconde guerre mondiale qui lui avait permis de réoccuper une partie des territoires perdus après la première guerre mondiale. D’autres banderoles blâmaient Horthy pour la mort de 100.000 soldats hongrois au cours de la guerre.

Photo : Kovács Tamás / MTI

Le parti socialiste a déclaré que l’action reflète l' »infiltration des idées d’extrême droite« , a laquelle Fidesz assiste les bras croisés. L’ alliance électorale E14-PM a condamné l’action dans une lettre ouverte adressée au ministre des Ressources humaines Zoltan Balog lui demandant « d’empêcher la renaissance du culte des années Horthy par tous les moyens possibles. »

Et la Fidesz au pouvoir ? Il a qualifié l’action de Jobbik de « provocation« , par la voix d’Antal Rogan, parlementaire et maire du district où se trouve l’église, et déploré que cela ne ferait que servir de prétexte aux journaux de gauche d’Europe occidentale pour accuser la Hongrie d’antisémitisme dans les semaines à venir.

Mais malgré ses nombreuses preuves de bonne volonté pour combattre l’antisémitisme et un mea culpa historique, le parti de Viktor Orban n’a toujours pas condamné cette résurgence du culte de Horthy. Une position ambiguë qui s’explique sans doute par sa volonté de continuer a „siphonner” l’électorat de Jobbik.