La nouvelle « ère » de Viktor Orbán : un choc pour les réfugiés

Pas facile d’y voir clair dans tant de confusion ! Le gouvernement hongrois est dans l’improvisation totale pour faire face à la l’arrivée massive de réfugiés. Cet article d’Index.hu publié le 9 septembre et que nous avons traduit, détaille les changements à attendre dans le traitement des migrants en Hongrie, à partir de la semaine prochaine. A noter : selon des annonces gouvernementales postérieures à cet article, le projet de création de « zones d’accueil » qui devaient voir le jour à la frontière serbo-hongroise a été écarté. Il semblerait que l’on s’achemine vers une forme d’état d’urgence ou « d’état de crise », comme le désigne le gouvernement, avec la police et l’armée comme réponse principale.

A partir de mardi prochain, les autorités hongroises auront une tout autre approche du problème des réfugiés. Ceux qui rentreront de manière illégale sur le territoire seront arrêtés, emprisonnés et expulsés. Ceux qui auront fait fait une demande d’asile en bonne et due forme ne pourront pas non plus entrer sur le sol hongrois et seront aussi expulsés en Serbie, Le tout en quelques heures. Le gouvernement  se prépare également dans les semaines à venir, à disperser la foule des réfugiés par la force mais selon les plans de Orban, il n’y a que de cette manière qu’un calme relatif est possible d’ici Noël.

Ces derniers jours, Viktor Orbán et János Lázár ont plusieurs fois déclaré qu’à partir de mi-septembre, c’est à dire mardi prochain, une „nouvelle ère” débute concernant le traitement des réfugiés. Le Premier ministre et son ministre faisaient référence aux nouveaux amendements aux lois sur les réfugiés, votée par le parlement qui vont  donc  entrer en vigueur prochainement.

Il ne s’agit pas que de simples changements techniques. Les autorités, la police nationale, le bureau d’immigration, les tribunaux  vont recevoir de nouveaux moyens avec lesquels ils vont devoir traiter de manière radicalement différente, les réfugiés arrivants aux frontières. La police va avoir des moyens d’action diamétralement opposées en réponse aux débordements qui ont eu lieu lundi et mardi à Röszke (à la frontière serbo-hongroise, ndlr).

Les réfugiés seront expulsés en 3 heures

Les sources gouvernementales ont mentionné plusieurs exemples pratiques et concrets de ce qu’ils entendent par ’nouvelle ère’. Il s’agit de changements très importants par exemple : la mise  en place desdits ’ zones de transit”. Il faudra imaginer ces zones de transit, sortes de territoires en forme de U, ouvertes du coté de la frontière serbe et fermés vers la Hongrie.

Ces zones  augmenteront de 60 mètres les pistes de circulation des abords des frontière actuelles et,  nouveauté importante, ces zones de transit ne pourraient être qualifiés de territoire hongrois.

Ces zones de no-mans-land seront comme les zones de transit à l’aéroport Ferihegy, autrement dit, contrairement à la situation actuelle, les réfugiés entreraient en contact avec les autorités hongroises sans se trouver sur le sol hongrois, c’est à dire, sur le  territoire de l’Union européenne .

Les immigrés en zone de transit pourront demander le droit d’asile en toute légalité pour entrer dans l’UE. Péter Szijjártó ministre des Affaires étrangères, a déclaré il y a peu de temps, qu’il créerait ainsi 3 zones de transit à la frontière serbe. D’après cette loi, les autorités devront se prononcer sur les demandes d’asile  dans un délai de 8 jours. (Selon la réglementation européenne, durant  ce laps de temps, le réfugié peut aller et venir librement sur le territoire européen)  Seuls pourront entrer sur le territoire de la Hongrie, ceux qui ont reçu le statut de réfugié.

Seulement voilà, le gouvernement hongrois a trouvé une  solution astucieuse.

D’après un membre du gouvernement, les autorités ont reçu une directive gouvernementale les invitant à ne pas traîner des jours entiers pour répondre : ils ont entre 2 et 3 heures pour prendre une décision quant à la demande de droit d’asile. Toutefois, ces demandes seront  -quasiment sans exception-  catégoriquement  refusées puisque la Serbie a été déclarée „pays sûr” „par le gouvernement.

Cela veut dire en fait, que les réfugiés arrivant à la frontière serbe, n’auront d’autre choix que de retourner de la zone de transit hongroise  vers la Serbie.

C’est l’expulsion qui attend les migrants ayant franchi la frontière

Ils peuvent également choisir d’essayer de franchir la frontière illégalement comme plusieurs milliers d’entre eux le font actuellement. Cependant, à  partir du 15 septembre, ceci ne sera plus considéré comme une infraction,  mais  cet acte est requalifié par la modification de la loi du Code pénal hongrois, en délit. Toujours selon nos sources, les gendarmes n’accompagneront plus en bus  les réfugiés à des centres d’enregistrement, mais ils seront directement mis en garde à vue et traduits devant la justice. Les juges par ailleurs devront décider rapidement de leur sort :  en application de la loi rendue plus sévère par le  code pénal, ce sera  la prison et/ou l’expulsion…

C’est pour cette raison que Viktor Orbán diligente la mise en place de hauts barbelés sur la frontière  et qu’il a poussé à la  demission son ministre de la défense, Csaba Hende, pour forcer les migrants à se diriger vers les zones de transit plutôt que de les laisser tout simplement traverser  à pied les frontières en plein champ.

Donc peu importe si le réfugié veut entrer en Hongrie de manière légale ou illégale, il se sera à coup sûr refoulé.

Mais que se passera-t-il si la masse de réfugiés forcent la frontière ?

Bien entendu, il est fort probable que ces refus systématiques provoquent l’indignation des réfugiés, qu’ils se révoltent et qu’ils essayent de franchir de force la frontière hongroise. Un membre du gouvernement a dit que le gouvernement s’attend et se dit préparé à une telle tentative de débordement.

En vertu de quoi, ils ont mobilisé l’armée afin qu’elle puisse intervenir à la frontière le cas échéant. (la majorité des deux tiers est requise pour modifier la loi lors du prochain vote, le 21 septembre au parlement) Le concept est de maintenir les policiers comme gardes-frontière, mais chaque policier aura deux ou trois militaires avec lui. A partir de là, rien n’est exclu.

Les policiers et les militaires n’auront pas le droit d’ouvrir le feu. Les policiers pourront toujours avoir recours aux moyens dont ils disposent à ce jour : canons à eau, gaz lacrymogènes, matraques. Selon plusieurs sources, le gouvernement se prépare à de tels procédés dans les semaines à venir pour disperser les migrants.

Mais où conduit cette démarche sévère ?

Selon les attentes du gouvernement, deux conséquences résulteront de sa fermeté :

  1. Les passeurs professionnels tout comme les migrants vont comprendre qu’il est vraiment difficile d’entrer dans l’UE en passant par la Hongrie. Il leur faudra tenter le passage ailleurs.
  2. La Serbie va également changer de position et ne laissera plus les migrants traverser tout simplement son territoire et leur mettra en place un couloir spécial.  En effet, les migrants bloqués à la frontière hongroise par dizaines de milliers vont poser un grave problème à la Serbie.

Selon la stratégie du gouvernement, la grande vague de migrants à la frontière serbo-hongroise sera endiguée pour Noël. Il serait cependant naïf de croire que les réfugiés et les passeurs professionnels vont juste faire demi-tour et ne vont pas chercher d’autre points de passage. Selon le  scénario du gouvernement,  il est possible qu’ils tentent leur chance par la Croatie. (La Roumanie est une alternative peu probable car cela leur ferait faire un énorme détour pour rejoindre l’Allemagne)

Le gouvernement pense que les frontières naturelles comme le fleuve Drave et son confluent la Mura vont dissuader les migrants et leurs passeurs de tenter cette option pour entrer en Hongrie.  Reste la Slovénie, ce qui n’est plus du ressort du gouvernement hongrois. Si d’aventure, la masse de migrants opte tout de même  pour un passage en force par la frontière roumaine ou croate, le gouvernement n’exclue pas la mise en place de frontières  de barbelés à cet endroit.

Des politiciens du Fidesz y ont déjà fait allusion, mais aucune décision n’a été prise à ce sujet.

La nouvelle « ère » veut donc signifier que le gouvernement veut réduire au minimum la possibilité de voir des centaines de réfugiés atteindre  l’autoroute  M1 voire même la M5 (vers l’Ouest, ndlr).

Selon un membre du gouvernement, à partir de la semaine prochaine,  il faudra se préparer à voir une série d’images très dures à la frontière  serbo-hongroise.

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Traduction : Claire Hunyadi (merci à elle !)