La Hongrie a financé sa campagne anti-IVG avec des fonds européens !

Le gouvernement hongrois aurait financé la campagne incitant les femmes à recourir à l’adoption plutôt qu’à l’avortement avec des fonds européens destinés au « progrès social et à l’égalité entre les femmes et les hommes ». Saisie par l’eurodéputée socialiste française Sylvie Guillaume, la Commission européenne a exigé de la Hongrie qu’elle y mette un terme, sous peine de sanctions.

Vu à Budapest, mai 2011. Crédit photo : Sakari Huttunen pour HU-lala

Sous la pression de Sylvie Guillaume, la Commissaire européenne chargée des droits fondamentaux, Viviane Reding, a jugé la campagne anti-IVG « en contradiction complète avec les valeurs de l’Union et les objectifs du programme PROGRESS » et exigé le retrait des affiches, sous peine de prendre des mesures à l’encontre de la Hongrie et de revoir son programme d’attribution des aides, rapporte le blog personnel de Mme Guillaume. « Le gouvernement hongrois est déterminé à mettre fin à cette affaire dès que possible et à la traiter comme une affaire technique et juridique« , a réagit le ministre hongrois des ressources humaines via l’agence MTI.

« Nous sommes particulièrement choquées de découvrir que des fonds européens du programme PROGRESS ont été utilisés pour cette campagne, alors que ceux-ci sont destinés au progrès social et à l’égalité entre les femmes et les hommes. […] nul argent public ne doit être détourné de son objectif et mis au service d’une politique de régression sociale et démocratique », avait écrit Sylvie Guillaume, eurodéputée socialiste du Sud-est, dans un communiqué co-signé par la députée du Rhône Pascale Crozon et adressé à la Commission européenne.

Ce communiqué resté sans réponse, Sylvie Guillaume a interpellé la Commissaire européenne chargée des droits fondamentaux, Viviane Reding, au cours d’une séance plénière de la Commission européenne portant sur la révision de la constitution hongroise, la semaine précédente. Mme Crozon a, de son côté, demandé au gouvernement français de prendre publiquement position contre cette campagne.

Cette campagne met en scène les implorations d’un fœtus s’adressant à sa future mère : « Je comprends bien que tu n’es pas encore prête pour moi, mais donne-moi au service d’adoption, LAISSE-MOI VIVRE !« . Ces affiches – qui ont choqué un grand nombre de femmes hongroises, de sensibilité libérale mais aussi nombre de catholiques et partisanes du gouvernement conservateur de Viktor Orban – « ornent » les murs de la capitale hongroise, les couloirs du métro, les arrêts de bus et certains sites internet depuis le début du mois de mai.

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Corentin Léotard

Journaliste

Rédacteur en chef de Hulala