Hongrie-Serbie : Quand il n’est plus question de guerre, mais de coopération

« Si la guerre doit s’étendre en Yougoslavie, de quelle que façon que ce soit, la Hongrie se tiendra derrière les Hongrois de Voïvodine. » Cette déclaration semble aujourd’hui d’un autre âge, et c’est tant mieux. C’était le 8 avril 1999 sur la BBC et le ministre hongrois des affaires étrangères mettait alors en garde le gouvernement serbe, en pleine campagne de bombardement de l’Otan sur le territoire de la Serbie actuelle : si les Serbes s’en prennent à la minorité hongroise, la Hongrie s’impliquera dans le conflit.

Hier, lundi 22 mars 2010, soit onze ans plus tard, les ministres de la Défense hongrois et serbe se sont rencontrés à Belgrade, non pas pour parler de guerre, mais pour signer un pacte de coopération militaire. L’accord porte sur la préparation et l’entraînement des forces armées, la surveillance de l’espace aérien, l’artillerie et la gestion de désastres. Le ministre hongrois, Imre Szekeres, a confirmé ce que la diplomatie hongroise répète de plus en plus fort : les Etats des Balkans occidentaux ont vocation à intégrer l’Union Européenne et il est dans l’intérêt de la Hongrie de voir ces pays dans l’Union au plus vite. Il a aussi profité de ce voyage à Belgrade pour annoncer son intention de maintenir le contingent hongrois déployé au Kosovo. Le Kosovo d’ailleurs…

Onze années plus tôt, la guerre aux portes de la Hongrie

1998. Belgrade lance une vaste opération militaire et de police dans sa province sud du Kosovo pour mettre un terme aux actions séparatistes de l’UCK, l’Armée de libération du Kosovo. Entre les milices serbes et les activistes albanais, c’est l’escalade de la violence et les exactions se multiplient. Le 24 mars 1999, sous couvert de « guerre humanitaire », l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord – qui a perdu toute raison d’être depuis la chute du bloc de l’est – lance une campagne de frappes aériennes contre les centres névralgiques de la Serbie. C’est la guerre dite « zéro mort ».

La position de la Hongrie est périlleuse. Elle n’a intégré l’OTAN que onze jours plus tôt ! Et déjà elle se trouve confrontée à une guerre à sa frontière sud. Idéalement placée pour servir de base de décollage aux avions de l’Otan, la Hongrie est contrainte d’ouvrir son espace aérien et de mettre ses aéroports à disposition. Contrainte, car en s’impliquant dans cette guerre contre la Serbie, elle place les quelques 350.000 Hongrois vivant dans le Nord du pays dans une position exécrable, à la merci des extrémistes serbes.

« Si la guerre doit s’étendre en Yougoslavie, de quelle que façon que ce soit,

la Hongrie se tiendra derrière les Hongrois de Voïvodine. »

Németh Zsolt, le secrétaire d’Etat au ministère des affaires étrangères, BBC, 8 Avril 1999.

La minorité hongroise de Serbie n’a pas été victime de nettoyage ethnique comme il fut craint en 1999, mais l’embargo sur la Serbie, la pression exercée sur elle par les nationalistes serbe et la conscription forcée dans l’armée yougoslave ont poussé 50.000 magyars a quitter le pays, des jeunes pour la plupart.

Corentin Léotard

Journaliste

Rédacteur en chef de Hulala