Hanoucca : le rabbin Köves rejette le bras tendu du Jobbik

À l’occasion de Hanoucca, le Jobbik a adressé ses « meilleurs vœux » aux Juifs de Hongrie. L’initiative, inédite pour le parti d’extrême-droite, a choqué de nombreux fidèles et a valu une réponse sèche de la part du rabbin orthodoxe Slomó Köves.

Gábor Vona et Ádám Mirkóczki ont adressé le 24 décembre dernier leurs « meilleurs vœux » aux Juifs de Hongrie à l’occasion du début des célébrations de Hanoucca, une des plus importantes fêtes rabbiniques. Dans une brève lettre adressée à Slomó Köves, président de la Communauté israélite unie de Hongrie (EMIH), les président et porte-parole du Jobbik ont déclaré souhaiter aux fidèles « que ce temps de souvenir et de réjouissance puisse apporter le renouveau spirituel, et que cette fête des lumières propage la véritable lueur qui éclaire le chemin ».

« À la fois surpris et mal à l’aise »

Cette déclaration d’amabilité au président et aux membres d’une des plus puissantes organisations représentatives des Juifs de Hongrie, tranche très nettement avec l’antisémitisme auquel Gábor Vona et le Jobbik avaient habitué les Hongrois. Dans une longue réponse rendue publique, Slomó Köves fait notamment part de sa stupéfaction, déclarant être « à la fois surpris et mal à l’aise » de recevoir de tels vœux de la part d’un parti « qui considère que les membres de la communauté juive de Hongrie ne méritent pas d’être considérés comme membres à part entière de la nation hongroise ».

Le président de l’EMIH rappelle notamment les nombreuses saillies antisémites de certains cadres du Jobbik, telle celle de Márton Gyöngyösi sur le « péril que représentent les Juifs pour la nation » (sic) ou encore celle de Zsolt Baráth sur les « sacrifices rituels de Tiszaeszlár » (équivalent à l’affaire Dreyfus dans l’imaginaire hongrois). Slomó Köves évoque également les propos que Gábor Vona avait tenu en 2013 au sujet des relations diplomatiques entre la Hongrie et Israël au service « de la domination juive du monde » (sic). Pour le rabbin budapestois, les déclarations citées ne posent pas uniquement le problème de leur caractère insultant à l’égard de nombreux fidèles juifs dans le monde, mais surtout celui de la légitimation de nombreux actes antisémites perpétrés durant ces dernières décennies en Hongrie. Pour prouver leur bonne foi et leur sincérité, Slomó Köves invite Gábor Vona et Ádám Mirkóczki à se rendre « dans les forums où la haine, l’injure et les ténèbres (…) l’ont depuis longtemps emporté sur la lumière ».

Une stratégie de dédiabolisation qui peine à convaincre

Fondé comme un parti europhobe, antisémite et nationaliste en 2003, le Jobbik a effectué un virage à 180° au printemps 2015 sur le modèle du Front national français et du Parti libéral autrichien (FPÖ). Malgré des discours d’apaisement à l’égard des victimes de l’Holocauste ou en faveur d’une « normalisation » des relations hongroises avec le reste de l’Union européenne, la stratégie de Gábor Vona peine à convaincre. Outre les nombreuses déclarations antisémites évoquées, le Jobbik reste un parti organiquement proche de nombreux groupes radicaux comme le HVIM (mouvement de jeunesse des soixante-quatre comitats, ouvertement irrédentiste) et de certains milieux paramilitaires liés à la défunte Garde hongroise.

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Ludovic Lepeltier-Kutasi

Doctorant

Directeur de la publication de Hulala. Doctorant en géographie (Université François-Rabelais, UMR CITERES/associé au Centre de recherches en sciences sociales (CEFRES) de Prague).