György Matolcsy, un banquier dangereux pour la Hongrie

Selon de nombreux experts, le nouvel affaiblissement du forint cette semaine (298 HUF pour 1€ lundi) ne serait qu’un avant-goût de l’arrivée probable de l’actuel ministre de l’économie, György Matolcsy, à la tête de la Banque Centrale de Hongrie (MNB) en mars prochain. La nomination du futur gouverneur de la MNB semble extrêmement délicate au moment où Viktor Orbán enchaîne les échecs sur toute une série de dossiers.

Le mandat d’András Simor à la MNB arrivera à son terme en mars prochain. Pressenti pour être nommé par le Premier ministre Orbán pour le remplacer, György Matolcsy (photo) s’y voyait déjà la semaine dernière lorsqu’il a critiqué la politique monétaire hongroise  dans le quotidien économique Világgazdaság  (le 9 janvier) et dans l’hebdomadaire Heti Valász. Il a notamment déclaré que la politique menée par la MNB contre l’inflation, consistant en partie à renforcer le forint, était une erreur. Selon lui, un forint plus faible aiderait à stimuler la production nationale. Les analyses de ses commentaires ont alors anticipé une dévaluation substantielle du forint, qui s’est immédiatement confirmée les jours suivants.

« Avec une croissance quasi nulle en perspective pour 2013 et les élections législatives de 2014 qui approchent à grands pas, la nomination de Matolcsy aux commandes de la politique monétaire hongroise laisserait entrevoir une dévaluation du HUF  (…) La baisse des taux d’intérêts devrait cependant être le mot d’ordre », a commenté jeudi dernier Timothy Ash, économiste à la Standard Bank de Londres, cité par le site économique Portfolio.hu. « Pourtant en 2012, la relative réussite budgétaire de l’Etat et de la stabilité du marché hongrois s’est faite grâce au renforcement et à la stabilisation du forint. S’il s’écroule, cela pourrait rapidement fragiliser les investissements sur le marché hongrois. (…) Si l’arrivée de Matolcsy à la MNB signifie que la dévaluation du forint est à l’ordre du jour, cette décision pourrait être très mal perçue par les marchés » a-t-il ajouté.

La semaine dernière, Népszabadság prenait pour argent comptant la rumeur selon laquelle Orbán nommerait son génie de la finance à la Banque centrale. Ainsi, le quotidien libéral ironisait sur le fait que les déclarations de Matolcsy provoquaient systématiquement une chute des taux de change : « les spéculateurs en HUF devront s’abonner à Heti Valász pour profiter des sorties peu orthodoxes du ministre (…) S’il prend effectivement les rênes de la Banque centrale, les investisseurs devront être très audacieux pour conserver leurs titres en forint ».

« Lorsque Matolcsy parle, le forint s’affaiblit » source : Portfolio.hu

Csaba Szajlai, qui dirige la rubrique économique du Magyar  Hírlap (journal pourtant proche du gouvernement) critique depuis longtemps les positions « non-orthodoxes » du ministre de l’économie. Il met en garde le gouvernement sur les risques d’une nomination de M. Matolcsy à la tête de la MNB. Il reconnaît que le gouvernement a réussi à maintenir le déficit public sous les 3% du PIB l’an dernier (taux de référence du pacte de croissance et de stabilité de l’Union européenne, qui préconise également le seuil de la dette à 60% du PIB – ndlr) mais il rappelle que les bases sont fragiles et qu’une nouvelle politique monétaire pourrait avoir des conséquences dramatiques : par exemple, un effondrement des réserves monétaires de la Hongrie. « La crise est prolongée, l’investissement est en baisse, tandis que l’inflation ne baisse toujours pas et la production industrielle a encore chuté l’an dernier » écrit-il.

Il déplore également la confrontation avec les partenaires internationaux, fièrement surnommée «combat pour la liberté », faisant remarquer que le coût de la dette de la Hongrie est devenu plus cher l’an dernier. Selon lui, le gouvernement préfère payer des taux d’intérêt plus élevés sur sa dette que de parvenir à un accord avec l’UE et le FMI. Cette approche serait contre-productive car elle rend finalement la Hongrie encore plus dépendante du monde extérieur, les grands perdants de la crise étant les PME et les seuls capables de se développer étant les multinationales. Dans ces conditions, la politique monétaire est un sujet délicat selon Szajlai, qui appelle le gouvernement à bien réfléchir avant de prendre des décisions d’ordre idéologique. Des remarques qui lui ont valu des commentaires assassins des lecteurs sur le site du journal, où certains le traitent de « traître au service des intérêts étrangers ».

Pendant ce temps, les grands titres libéraux « de gauche » se réjouissent des coups pris par le Premier ministre Orbán ces derniers mois. Dans son éditorial hebdomadaire, Magyar Narancs prétend qu’il a atteint « le point final ». Les décisions successives de la Cour constitutionnelle sur la suppression de plusieurs actes qu’il avait défendu personnellement en public (notamment les dispositions prises contre les sans-abri et le projet de nouvelle loi électorale – ndlr), l’affaire de l’extradition du meurtrier azéri Safarov, les manifestations d’étudiants et les problèmes économiques du pays, signaleraient donc « le début de la fin ».