Gyöngyöspata : l’heure du debriefing

Après s’être laissé déborder sur sa gauche par le LMP et sur sa droite par Jobbik, le gouvernement tente de régler ses comptes sur l’affaire des milices à Gyöngyöspata. L’homme d’affaires américain qui a organisé l’« évacuation » spectaculaire des Roms lors du week-end de Pâques à quitté la Hongrie par peur de représailles, selon le Budapest Times.

Vidéo sur le site internet d’Euronews

Chacun se souvient des images humiliantes pour la Hongrie diffusées par les télés du monde entier – France TV, BBC, CNN, Al-Jazeera, etc. – lors du week-end de Pâques. Le terme  « évacuation » pour désigner le transfert par la Croix Rouge de quelques 250 femmes et enfants Roms avant l’arrivée d’une milice d’extrême-droite résonnant de manière assez crue. Certains ont même noté -de façon erronée – qu’il s’agissait du premier mouvement de population de ce type en Europe depuis la seconde guerre mondiale.

Depuis, l’on a appris que derrière cette opération estampillée par la CroixRouge hongroise se trouvait l’homme d’affaires et philanthrope américain Richard Field. Cet amoureux de la Hongrie comme il se définit lui-même a créé l’ONG à destination des Roms « American House Foundation » et est aussi un généreux donateur du parti vert-libéral LMP dont  il a soutenu la campagne électorale de 2010 à hauteur de 15 millions HUF (un peu plus de 50.000 EUR), selon les informations du Budapest Times. Le « fauteur de trouble » qui a organisé cette action spectaculaire – et par là-même écorné un peu plus l’image internationale du pays – a quitté la Hongrie, sous la pression et les menaces de l’extrême-droite, selon ses propres indications.

La Fidesz solde ses comptes

Dans l’affaire de Gyöngyöspata, chacun a eu son rôle politique à jouer : Jobbik a alimenté les tensions interethniques jusqu’à son point critique et les verts-libéraux de LMP ont répondu en endossant le rôle de défenseurs des Droits de l’homme se substituant à un Etat impuissant. Chacun, sauf la Fidesz et son patron qui s’est fait élire comme l’homme de l’ordre et de la sécurité, qui ont semblé rester pétrifiés devant les coups de boutoirs de son extrême-droite.

Le gouvernement a donc décidé de laver l’affront en mettant en place une commission parlementaire chargée de faire la lumière sur les évènements de Gyöngyöspata et plus particulièrement sur le rôle de l’homme d’affaires américain. Il s’agit en réalité de faire oublier son inaction et de faire porter le chapeau de manière officielle aux partis d’opposition, voire même de rechercher des responsabilités étrangères. Pour Zsolt Semjén, président du parti chrétien-démocrate, en coalition avec la Fidesz, les évènements de Gyöngyöspata sont des « provocations évidentes venant de plusieurs directions et incluant des groupes d’intérêts étrangers. […] Il y a des forces considérables dont l’intérêt est de discréditer la Hongrie à l’étranger« .

Conscient du mal que pourrait faire au LMP l’image d’un « parti de l’étranger », son président András Schiffer s’est rapidement distancié des activités de Richard Field en estimant que l’évacuation de Gyöngyöspata avait été « précipitée » et « néfaste » pour l’image du pays. Il a aussi proposé en réponse aux accusations du gouvernement de monter une commission destinée à examiner les actions de l’Etat et de sa police à Gyöngyöspata. Elle ne devrait pas demander trop de travail à ses membres étant donné que la police est restée inactive pendant de longues journées et a même paru parfois complice des agissements des milices (cf. les vidéos où l’on voit des policiers rigolards, sympathiser avec les membres de la milice Szébbjövöért).

Cette « guéguerre » politicienne contribuera-t-elle à améliorer la situation ? A favoriser l’intégration économique des Roms ? A faire diminuer la délinquance et la criminalité ? A stopper la surenchère dangereuse de l’extrême-droite ?

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