Gyöngyöspata : Jobbik a-t-il cherché la guerre civile ?

Jeudi dernier, la chaîne de télévision privée ATV a rendu public un enregistrement sonore dans lequel on peut entendre un homme identifié comme étant Oszkár Juhász, l’actuel maire Jobbik de Gyöngyöspata évoquer une « guerre civile inévitable » en Hongrie.

Oszkár Juhász dans sa mairie en janvier 2012 (Crédit photo : Anaëlle Verzaux)

L’enregistrement date du mois de mai 2011, Juhász – qui n’était pas encore maire – discute avec 3 personnes qui ne sont pas clairement identifiées, il s’agit selon ATV de son chef de campagne et de deux membres de la milice d’extrême-droite « Szebb Jövő Polgárőrség ».

Dans cet enregistrement, M. Juhász semble relativement certain de voir éclater une guerre civile prochainement dans le pays. Beaucoup de militants et de sympathisants de la droite ultra-nationaliste pensent que la Hongrie connaîtra prochainement un conflit sanglant qui opposera les Roms et les Magyars.

Toujours selon ATV, le maire de Gyöngyöspata aurait déclaré qu’il faut attendre le moment propice pour prendre les armes car le peuple est actuellement opprimé par le gouvernement et par les plus de 7.000 policiers proches de la « Zsidesz » – une contraction entre « Fidesz » et « Zsidó » (« Juif »).

« Je n’ai pas connaissance d’un tel enregistrement, je n’ai pas fais de telles déclarations« , s’est défendu dans un premier temps le maire de Gyöngyöspata, sans convaincre qui que ce soit, pas même au sein de son propre parti. Selon le maire, une campagne de désinformation le visant lui ainsi que son parti est actuellement en cours en Hongrie.

Pourtant, malgré les justifications de Juhász, son propre parti ne semble pas douter de la véracité de cet enregistrement, le porte-parole du Jobbik, Ádám Mirkóczki, ayant déclaré que cette bande sonore ne reflète que l’avis personnel du maire de Gyöngyöspata et que le parti n’avait donc pas à la commenter. Contacté par MTI, Juhász a finalement admis être l’auteur de ces propos, indiquant qu’il les avaient prononcé dans un cadre privé.

En outre, on entend Juhász expliquer à ses interlocuteurs dans ce enregistrement qu’une fois élu à la mairie, les choses allaient changer fondamentalement à Gyöngyöspata et qu’il pouvait compter sur des « relations à l’étranger » et des sommes « dont vous ne pouvez même pas rêver« . Une allusion probable aux espoirs du parti Jobbik de voir les liens développés avec des pays tels que la Chine, la Turquie et l’Iran se concrétiser dans des investissement locaux. Toujours dans cet enregistrement, un homme que ATV identifie comme étant Juhász lui-même dit qu’il serait même possible de faire venir des hommes de l’étranger pour que les Tsiganes et les hommes du gouvernements n’osent plus mettre les pieds dans le village.

D’autres scandales secouent actuellement le Jobbik. Le 3 avril, le député Zsolt Baráth avait choqué le pays après avoir évoqué l’affaire de Tiszaészlár[1] devant le parlement. Mercredi dernier,  toute la direction de la section du département de Borsod a démissionné suite à un conflit avec le vice-président du Jobbik Csanád Szegedi.

Finalement le 20 avril – le jour de l’anniversaire d’Hitler – le site internet du Jobbik a été la cible d’une attaque du collectif de hackers Anonymous dont la section hongroise a lancé l’ « Operation Fuck the Nazi ». Anonymous a décidé de prendre pour cible le parti car « les déclarations antisémites, voir nazies se sont multipliées au parlement ainsi que dans la vie de tout les jours  ».

Sources : Index, MTI, atv.hu, Magyar Nemzet


[1]    En 1882 une jeune fille de Tiszaészlár avait été assassinée. La communauté juive locale avait été accusée du meurtre, avant d’être innocentée. Malgré les preuves, le Jobbik continue donc à accuser la communauté juive, l’accusation de crime rituel d’enfants étant un des grands fantasmes antisémites depuis le Moyen-Âge.

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Vincent Baumgartner

Étudiant

Collaborateur occasionnel de Hulala. Étudie à l'Institut de hautes études internationales et du développement (Genève)