Face à Viktor Orbán, « rassembler tous ceux avec qui la victoire est possible »

László Botka, le candidat investi par le Parti socialiste hongrois (MSzP) entre cette semaine dans le dur des négociations avec les autres formations de gauche, afin de présenter une candidature commune lors des prochaines élections législatives, prévues au printemps 2018.

Le maire socialiste de Szeged László Botka a annoncé ce lundi entamer des discussions avec la formation écologiste LMP, en vue du rassemblement de la gauche pour les élections législatives de 2018. Le fait que le candidat du MSzP commence son tour de table avec ce petit parti anti-globalisation a de quoi surprendre. Le co-président du LMP Ákos Hadházy avait confirmé en novembre à Hulala écarter toute hypothèse de rapprochement avec les formations de gauche et vouloir « présenter une liste indépendante quoi qu’il arrive ». Une décision alors cohérente avec la ligne d’autonomie revendiquée par le parti, fondé en 2009 sur le rejet de l’affairisme et du cynisme des partis politiques traditionnels.




La désignation de László Botka en décembre comme candidat du MSzP semble avoir néanmoins changé la donne, au point d’ailleurs de faire dire à Ákos Hadházy « avoir toujours soutenu l’idée selon laquelle tous les responsables de l’opposition devaient pouvoir s’asseoir autour d’une table et discuter ensemble » (propos rapportés par Index). Le LMP aurait lié langue avec le MSzP et les petits partis Együtt et PM depuis plusieurs semaines pour négocier les conditions d’un éventuel rassemblement. Une entente dont la Coalition démocratique (DK) paye le prix : la petite formation dissidente du MSzP créée en 2011 autour de l’ancien Premier ministre socialiste Ferenc Gyurcsány ayant été écartée des tractations. Sentant que des discussions avaient lieu derrière son dos, ce dernier s’était plaint le 5 février dernier « d’intrigues » visant à l’évincer du rassemblement en cours.

L’éventualité d’un retour de Ferenc Gyurcsány, « démissionné » en 2009 en raison d’une impopularité record explique à elle seule la fragmentation de la gauche hongroise depuis les élections de 2010, qui avaient vu Viktor Orbán remporter les deux-tiers du Parlement. Refusant de discuter avec l’homme du « discours d’Öszöd », la majorité du LMP avait décliné l’offre de coalition, négociée de bric et de broc à quelques semaines du premier tour des élections législatives de 2014. La liste d’union formée par le MSzP, DK, le parti libéral MLP, « Ensemble 2014 » et PM avait alors péniblement permis d’obtenir 30% des suffrages exprimés et 19% des sièges de député, contre 5% des suffrages pour le LMP et seulement 2,5% de l’Assemblée.

Le spectaculaire rapprochement entre le LMP et László Botka marque sans doute une volonté nette de vouloir définitivement tourner la page du « cas Gyurcsány », qui agit encore comme un repoussoir pour de nombreux électeurs de gauche. Soucieux de « rassembler tous ceux avec qui la victoire est possible », le candidat socialiste doit encore surmonter de nombreux obstacles avant de s’imposer comme le candidat commun de l’opposition progressiste. Alors que le parti « Ensemble » tient à présenter sa propre liste, la formation PM réclame quant à elles l’organisation de primaires pour départager les différentes candidatures. Si László Botka parvient à rallier le LMP derrière sa bannière, nul doute qu’il sera en position de force pour négocier ces prochaines échéances.

Ferenc Gyurcsány : «Je crois en ce que nous représentons»

Ludovic Lepeltier-Kutasi

Doctorant

Directeur de la publication de Hulala. Doctorant en géographie (Université François-Rabelais, UMR CITERES/associé au Centre de recherches en sciences sociales (CEFRES) de Prague).