En Hongrie, « l’explosion peut survenir n’importe quand »

Mes inquiétudes dont je vais parler sont certes politiques mais tout le monde peut les comprendre et les ressentir, y compris les soutiens convaincus et sincères du gouvernement actuel. Ces lignes s’adressent aussi à eux, bien que je sois évidemment de gauche, même si ce n’est pas au sens courant du terme en Hongrie (social-libéral). […]

hvg_orig Tribune de G.M. Tamás, publiée 31 janvier 2017 dans HVG sous le titre « Aggodalmaink » (« Nos inquiétudes »). Traduite du hongrois par Paul Maddens.

La situation politique actuelle paraît calme et équilibrée. Nos concitoyens qui aimeraient voter, au fond, dans leur majorité sont des fidèles du premier ministre Viktor Orbán, mais au sein de la population du pays ils ne représentent qu’une minorité – il est vrai la minorité la plus grande en proportion. M. Orbán aura une majorité confortable dans le prochain parlement si l’on s’en tient à la situation actuelle. Les électeurs du camp d’Orbán partagent les vues qu’il proclame ces jours-ci. Une partie non infime des sympathisants de l’opposition pense aussi comme lui sur de nombreuses questions importantes, avant tout celles qui concernent les demandeurs d’asile et certaines minorités. Sur ces points, je désapprouve l’attitude et le point de vue de la majorité de l’opinion publique : ce n’est ni plus ni moins que du conformisme que de rester avec la majorité si on les considère comme moralement inacceptables. Je sais que je suis en minorité. Selon les règles du jeu en vigueur, je respecte l’opinion de la majorité bien que ma conviction, située à l’opposé, soit très ferme.




En même temps, les gens de gauche doivent comprendre les sentiments profonds de la classe moyenne conservatrice. Entre Mohács (ndlr : défaite de l’armée hongroise en 1524 qui marque le début de l’occupation turque en Hongrie) et 1918, le souci de la nation hongroise (ou plus précisément de la noblesse hongroise[1]Longtemps l’idée de « nation hongroise » ne s’appliquait qu’à la noblesse hongroise) a été l’absence d’existence d’un Etat autonome et le lien conflictuel avec une dynastie étrangère, la peur d’être dissous dans un empire. Pour finir c’est le traité tragique de Trianon (ndlr : en 1920, suite à la 1ère guerre mondiale) qui a à la fois apporté l’indépendance et mis fin à la Hongrie dite historique[2]Le terme Hongrie historique désigne la Hongrie dans ses frontières d’avant le traité de Trianon qui l’a amputé des deux-tiers de ses territoires ; c’était la Hongrie de l’époque de l’Empire austro-hongrois.. Après quelques années d’une indépendance extorquée et contrainte, à partir de 1938 la Hongrie a vécu à l’ombre d’abord du Troisième Reich puis de l’Union Soviétique. Aux yeux de beaucoup, et pas seulement à droite, il est apparu que l’Union Européenne (et l’influence occidentale en général) rend illusoire l’indépendance hongroise ce qui, s’accompagnant des nouvelles valeurs sociales – le féminisme, l’égalité des droits des homosexuels, l’antiracisme, l’écologie, la sympathie à l’égard des classes « inférieures », « improductives », la culture populaire de la consommation, l’influence des réseaux sociaux – met en danger l’« âme » traditionnelle de la nation. L’idéologie d’Orbán fait écho à ces inquiétudes conservatrices (on ne peut savoir jusqu’à quel point il le fait avec sincérité, mais ceci est accessoire) –et c’est ce qui en fait le succès, malgré les doutes qui se propagent chez les conservateurs. Personnellement, je ne crois pas correcte cette interprétation de l’histoire hongroise, mais je ne nie pas qu’elle possède une base réelle : personne ne peut mettre en doute que l’indépendance de la nation est une question importante et réelle. Les lecteurs attentifs d’Antonio Gramcsi le savent bien.

Le système paraît stable en Hongrie – mis à part quelques grognements – le silence règne. En même temps, de plus en plus de personnes posent des questions (pour l’instant principalement à elles-mêmes) auxquelles on ne peut répondre.

Comment est-il possible que des hommes politiques et leurs amis qui n’ont jamais exercé dans le monde des affaires, qui n’y connaissent rien au commerce, à la gestion, au marché des capitaux, à la production, accumulent des biens valant des milliards (de forints[3]1 milliard de Forints équivaut à peu près à 33 millions d’euros.) en un rien de temps ? Comment est-il possible que seuls les membres du groupe politique dirigeant et ses délégués décrochent les appels d’offre de l’Etat que l’UE finance en partie ? Comment est-il possible que des sociétés liées à l’entourage du premier ministre – devenues très riches grâce à des crédits d’Etat et d’autres bienfaits – accaparent avec facilité des journaux hongrois, des stations de radio, des chaînes de télévision, des sites internet populaires ? Comment est-il possible que les hommes du gouvernement –ainsi que leurs hommes de confiance, les membres de leurs familles, leurs institutions favorites, leurs associations – font rénover des palais et des châteaux de magnats pour eux-mêmes ? Comment se fait-il que l’un des dirigeants du gouvernement (maire d’une petite ville depuis quelques années) organise une chasse à courre dans la propriété tchèque du prince héritier François Ferdinand, et ici tire le faisan en compagnie de l’aristocratie internationale ? Comment est-il possible qu’un homme modeste de province, inexpérimenté, proche du Premier ministre, achète déjà des équipes de football dans des pays voisins pour lesquelles l’Etat hongrois a construit un stade et engagé des joueurs talentueux[4]Le texte fait allusion aux équipements qui ont été construits dans le village où Viktor Orbán possède une maison (Felcsút) : stade de foot, école de foot… ? Comment est-il possible que le même homme modeste, encore désargenté il y a peu, mette son yacht au mouillage dans le port exclusif des vedettes mondiales ?

Que suggère le fait que le premier ministre s’installe dans le château royal de Buda ?

Le jugement porté sur ces faits par les citoyens de droite, de gauche, ainsi que les membres inclassables de la majorité silencieuse, ne diffère pas. Leurs opinions divergent tout au plus sur la question de savoir jusqu’à quel point le phénomène est nouveau, dans quelle mesure la pratique des adversaires et concurrents du Premier ministre était semblable. Visiblement, la plupart – à l’exception peut-être du jugement des acteurs de la vie publique les plus jeunes – méprisent le comportement affairiste de l’ensemble de la classe politique, même si ce n’est pas au même degré.

Pour ceux qui ont quelques connaissances et éventuellement une expérience historique, c’est extrêmement angoissant.

Dans n’importe quel système – y compris dans les tyrannies « dures », comme il n’en existe plus en Hongrie depuis le milieu des années 1960 – la stabilité apparente est très fragile, si les citoyens ressentent que les dirigeants de l’Etat trouvent leur satisfaction dans l’assouvissement de leurs intérêts personnels ou de groupe, dans l’accroissement des avantages du pouvoir et de la fortune et ne sont pas avant tout les serviteurs du bien commun, de l’intérêt général et du bénéfice collectif, si cela influence leurs projets politiques, leur façon d’administrer, leur façon de gouverner, si la façon de traiter leurs détracteurs et leurs adversaires en dépend, s’ils utilisent pour cela la possibilité de modifier le droit par le biais de la législation dans le but de faire taire ceux qui les démasquent, si l’argent public perd son caractère public de façon aussi visible, il peut s’en suivre un mal terrible, à supposer que la situation se dégrade jusqu’à ce que les citoyens aient le sentiment que l’Etat dont la vocation est de les protéger, de les aider et de les servir, ne représente que les intérêts d’un groupe étroit et rien d’autre.

En effet, à présent, il n’est pas question ici que quelqu’un désapprouve la ligne politique influencée de façon décisive par le gouvernement –il serait possible de la discuter rationnellement et il serait possible de parvenir à plus ou moins d’accords sur les changements à apporter. Ici il n’est pas non plus question du fait que l’Etat actuel agit en priorité en faveur de la classe régnante de toujours (les possédants, les puissants, les gens célèbres, les plus cultivés, les chanceux : les « forts » et « ceux qui ont réussi »), en cela il n’y a rien de nouveau, hélas ce fut toujours plus ou moins ainsi. Ce dont il est question est que l’Etat n’est plus l’Etat mais une entreprise privée menée par des personnes privées égoïstes. Saint Augustin a appelé cela latrocinium (ce qui signifie bande de voleurs). Selon lui, sans équité l’Etat n’est qu’un latrocinium et l’état de nature se rétablit, dans lequel les citoyens ne doivent plus reconnaître l’autorité de l’Etat et peuvent prendre en main la direction des affaires publiques.

« Les hommes du gouvernement et les médias de toute orientation n’ont aucune idée du niveau de haine effrayante qui s’est accumulée contre le premier ministre Orbán et son système ».

Il faut craindre que l’effacement de l’autorité de l’Etat ne soit pas une transition tranquille et ordonnée vers la formation d’une nouvelle autorité étatique, mais plutôt un chaos. Espérons qu’il ne soit pas sanglant, Dieu nous en garde.

Les hommes du gouvernement et les médias de toute orientation n’ont aucune idée du niveau de haine effrayante qui s’est accumulée contre le premier ministre Orbán et son système. Les données des études d’opinion ne le montrent pas, elles montrent simplement que le peuple hongrois n’a pas confiance dans l’opposition parlementaire et que le peuple est d’accord avec l’opinion d’Orbán sur de nombreuses questions. Ceci dit, le peuple n’est pas d’accord avec le zèle affairiste du Premier ministre et de son entourage, avec son influence d’ampleur sidérante sur l’économie et son enrichissement ahurissant ainsi qu’avec sa façon profondément antidémocratique d’exercer le pouvoir. Il trouve stupéfiant le gaspillage, la légèreté, l’irresponsabilité du gouvernement et la façon ostensible de jeter l’argent par les fenêtres dans ce pays pauvre.

Ce qui cache aussi la fureur perceptible et prévisible de l’opinion publique est que le Premier ministre dirige visiblement une partie de l’opposition (ou, comment dire, l’a acquis à sa cause). Le Premier ministre, après avoir fait sien les 9/10e des médias hongrois du bassin du Danube avec les méthodes que l’on sait, essaie d’embrigader ses détracteurs en influençant la presse de l’opposition. Si ses plans réussissent, le pouvoir « orbániste» va se retrouver face à une opposition «orbániste» et puisqu’il ne reste que peu de limites à l’exercice du pouvoir d’Orbán, émergeront alors les problèmes connus du pouvoir absolu. (L’opposition parlementaire et les médias mainstream ont été passablement conformistes jusqu’à maintenant, et ils n’ont cherché d’aucune façon à se mesurer à l’opinion majoritaire – sur la question des réfugiés et celle des Tsiganes notamment – et ils ont laissé Orbán remporter le référendum perdu[5]Un référendum a eu lieu le 2 octobre 2016 sur la question des réfugiés, il a été préparé par une campagne anti-réfugiés intensive du gouvernement. « Voulez-vous que l’Union Européenne puisse prescrire l’installation obligatoire en Hongrie de citoyens non hongrois sans l’approbation du Parlement ?» Ce référendum a été un échec car le taux de participation n’a pas atteint le seuil minimum, mais le pouvoir a surtout communiqué sur le % de non qui était majoritaire chez ceux qui avaient voté..

« Ce système fonctionne selon la logique moyenâgeuse des « cadeaux du roi » dans lequel l’Etat octroie au groupe régnant et à ses fidèles des biens, des revenus, des entreprises, des propriétés foncières, des prébendes ».

L’opinion publique hongroise, paisible et inorganisée, aussi patiente et placide qu’elle soit d’habitude, a déjà compris qu’il n’est probablement pas possible d’améliorer par le biais des élections le mode de gouvernement insupportable, moralement et politiquement. Hélas cette opinion publique a supporté passivement le détricotage d’une partie des libertés constitutionnelles, elle n’en est pratiquement pas informée. Il n’y a pas eu non plus d’objection. Mais le mouvement d’accaparement mené à bien sous des noms d’emprunt, « Lőrinc Mészáros, István Garanci, Andy Vajna, etc…. » – tout au moins à certains égards – a ouvert les yeux des citoyens patriotes de Hongrie. Ils soupçonnent vaguement qu’il ne s’agit pas de corruption classique qui, elle, ne peut être légalisée. Par contre ce système fonctionne selon la logique moyenâgeuse des « cadeaux du roi » dans lequel l’Etat octroie au groupe régnant et à ses fidèles des biens, des revenus, des entreprises, des propriétés foncières, des prébendes. Quand l’argent public perd son caractère public, qui plus est de façon légale, alors L’ETAT PERD SON CARACTÈRE D’ÉTAT, les citoyens indignés ne voient pas l’Etat comme autorité mais comme un éventuel rassemblement de personnes privées égoïstes et c’est la fin de l’Etat.

La royauté patrimoniale – dans laquelle les biens de la Couronne (en termes modernes, l’Etat) et les biens publics ne sont pas séparables des biens privés du souverain – a cessé depuis des siècles. En essayant de lui redonner forme dans les conditions du XXIe siècle, ils mettent fin aux illusions des citoyens qui se rattachaient à l’idée d’Etat de droit constitutionnel. Ce dernier a été confisqué sans qu’on le remarque. Ce n’est pas un « Etat-mafia », la mafia acquière de l’influence sur l’Etat de l’extérieur, chez nous, par contre, c’est le groupe dirigeant qui prend l’Etat pour proie et qui s’approprie les richesses privées : dans un premier temps il les nationalise et dans une deuxième étape les privatise pour son compte. C’est ainsi que l’argent public perd son caractère public.

Toutes les expériences historiques indiquent que dans le cas d’une très forte contradiction entre les apparences (l’Etat de droit) et le contenu réel (l’arbitraire), il suffit d’une étincelle pour que l’ensemble de l’édifice s’écroule, explose. En général les puissants ne s’en doutent pas. Louis XVI ne s’en doutait pas le 14 juillet 1789, Gerő Ernő non plus le 23 Octobre 1956. Au cœur du parti ils se moquaient des requêtes d’Imre Nagy.

Le Premier ministre Viktor Orbán ferait bien de transmettre au plus vite le pouvoir de gouverner à l’un des représentants non compromis (ou beaucoup moins) de sa ligne politique, qui, d’une façon ou d’une autre, emmènerait le pays jusqu’aux élections et prendrait des mesures pour restituer en catimini les biens appropriés. Il ferait bien de ne pas s’installer au château royal et de renoncer au projet fou de Jeux Olympiques à Budapest. Il se peut que – Dieu nous en garde – une rame de métro prenne feu[6]Cette phrase fait allusion aux problèmes de vieillissement de la ligne de métro 3 de Budapest. Les rames de métro sont en mauvais état et certains pensent qu’un accident est possible si rien n’est fait rapidement. ou que quelque chose du même genre enflamme le pays ou l’ensanglante. Il n’est pas permis d’attendre cela. Si Orbán est cet homme que tout le monde considère, un homme intelligent et un politicien astucieux, alors il faudrait qu’il ait suffisamment de clairvoyance pour prévenir une tragédie nationale.

« Nous tous qui observons la société hongroise, nous savons que le danger existe. Le seul remède est un transfert du pouvoir le plus tôt possible ».

Qu’il n’y ait pas de malentendu : si le bouleversement commence, il est fort peu probable que les préférences politiques de celui qui écrit ces lignes se réalisent. Il peut arriver que la situation soit pire que sous le règne passablement problématique de M. Orbán. Il n’est pas sûr que le résultat sera plus rationnel, plus libre, plus agréable que l’édifice actuel. L’opposition démocratique au système de Rákosi ne pensait pas non plus qu’il pouvait se produire un évènement tel que la tuerie de la place de la République[7]Cette tuerie s’est produite lors des événements de 1956 : une manifestation s’est dirigée vers cette place où siégeait le secrétariat du parti. Des coups de feu ont été échangés et des membres de la police politique (AVH) ont été lynchés par la foule. Cette police politique était honnie.. Mais nous, nous avons déjà l’expérience historique de telles crises et des fureurs terribles de ceux qui souffrent, de ceux qui sont désabusés ou trompés. La situation de crise qui a suivi le discours d’Őszöd[8]Le discours d’Őszöd est celui prononcé en mai 2006 par l’ancien premier ministre socialiste Ferenc Gyurcsány à huis clos devant les parlementaires de son parti qui venait de gagner les élections. Dans ce discours, il affirmait avec force qu’il fallait arrêter de mentir aux électeurs. Il venait d’être réélu. Quelqu’un de son camp a fait fuiter ce discours vers les médias et sa diffusion a provoqué un scandale énorme et des manifestations violentes. A partir de cette date le Fidesz a mené une guerre d’usure par tous les moyens disponibles. a presque fait surgir la possibilité du dénouement le plus horrible, qui a été résolu quelques années plus tard par la prise de pouvoir d’Orbán, pouvoir dont il a probablement caché la nature.

Que cela nous plaise ou non, le danger est grand. Bien sûr je ne peux pas prouver scientifiquement cette intuition, cette prédiction. Il se peut aussi que je prenne la parole trop tôt. Mais, nous tous qui observons la société hongroise, nous savons que le danger existe. Le seul remède est un transfert du pouvoir le plus tôt possible et le plus ordonné (ce qui signifie selon moi un transfert à l’intérieur de la droite qui gouverne). Accessoirement, cela peut aussi sauver la droite conservatrice hongroise en tant qu’actrice traditionnelle et importante de la vie de la nation hongroise. Cependant, ce camp conservateur devrait au moins comprendre que le rétablissement des barrières institutionnelles, le partage du pouvoir, une administration compétente et professionnelle, le pluralisme, la culture indépendante sont la garantie de la sécurité, de l’équilibre, de la tranquillité publique – l’univocité de la politique hongroise actuelle est une source de danger. Bien sûr, tous les autres aussi devraient penser cela (j’attire encore l’attention sur le fait que je ne peux parler ici de la politique postérieure au dénouement paisible, c’est simplement une autre affaire). Naturellement, n’importe lequel des deux mauvais extrêmes – explosion spontanée et chaos ou dégénérescence, pourrissement et déclin – peut se produire et l’un peut être suivi de l’autre ou bien les deux peuvent se mélanger.

Ce serait de l’inconscience de la part des intellectuels de ne pas donner une voix à cette inquiétude. L’idée, en soi imbécile, que le centre-gauche modéré et social-libéral s’associe avec une extrême droite adoucie contre Viktor Orbán en est un signe. Personnellement, j’ai écrit dans le passé que Viktor Orbán est un moindre mal face à l’extrême droite. Je ne suis plus convaincu de cela, mais l’union droite-gauche à ce sujet est encore impossible et ne serait pas souhaitable. L’idée est très mauvaise, mais elle montre que le sentiment de danger est quelque peu actif, bien qu’inconsciemment. L’opposition officielle ne vaut pas grand-chose (y compris, hélas, l’intelligentsia officiellement sociale-libérale en général) mais d’autres apparemment s’éveillent. Il est d’importance vitale qu’aux côtés des intellectuels de droite déjà critiques d’autres personnes de droite ressentent cette crise muette, si possible des personnes qui ont quelle qu’influence sur le gouvernement.

Pour l’instant, seuls les nerfs des organisateurs de la pétition contre les Jeux Olympiques à Budapest tiennent bons. Cette campagne de pétitions est éclectique et non idéologique. Ils ont ressenti à quel point le problème est grand et qu’au centre du problème il y a ce gouvernement qui fait « flamber » l’argent des contribuables.

Comme le gouvernement Orbán à sa façon particulière, et généralement l’adversaire de la société bourgeoise et du capitalisme, je ne m’attends pas à ce que les différents courants de droite m’écoutent. Dans la situation actuelle, mon sentiment est que la recherche des modalités d’un dénouement paisible est la tâche et la responsabilité des intellectuels de droite conservateurs – j’y inclue de trouver des solutions pour que les responsables de la crise actuelle puissent se retirer de la « première ligne » du front politique en sécurité, sans être malmenés et que leurs fidèles ne se sentent pas menacés dans leur existence. En effet, il est de notre intérêt à tous que les puissants ne craignent pas le peuple, sinon ils n’oseront pas céder.

L’explosion peut survenir n’importe quand et les incendiaires ne se doutent pas encore que dans quelques minutes ils le seront. Celui qui prête l’oreille aux conversations dans les trams qui vont dans les banlieues, dans les trains des lignes secondaires, dans les magasins bon marché, sait à quoi je pense. Il se peut que cette fausse paix se nourrissant de désenchantements, désillusions, d’impuissance dure encore un bon moment. Mais que cela ne trompe personne. Il reste peut-être encore un peu de temps, mais il n’y a qu’une solution, même à l’intérieur du système et le plus vite possible : ORBÁN DOIT PARTIR.

1. Longtemps l’idée de « nation hongroise » ne s’appliquait qu’à la noblesse hongroise
2. Le terme Hongrie historique désigne la Hongrie dans ses frontières d’avant le traité de Trianon qui l’a amputé des deux-tiers de ses territoires ; c’était la Hongrie de l’époque de l’Empire austro-hongrois.
3. 1 milliard de Forints équivaut à peu près à 33 millions d’euros.
4. Le texte fait allusion aux équipements qui ont été construits dans le village où Viktor Orbán possède une maison (Felcsút) : stade de foot, école de foot…
5. Un référendum a eu lieu le 2 octobre 2016 sur la question des réfugiés, il a été préparé par une campagne anti-réfugiés intensive du gouvernement. « Voulez-vous que l’Union Européenne puisse prescrire l’installation obligatoire en Hongrie de citoyens non hongrois sans l’approbation du Parlement ?» Ce référendum a été un échec car le taux de participation n’a pas atteint le seuil minimum, mais le pouvoir a surtout communiqué sur le % de non qui était majoritaire chez ceux qui avaient voté.
6. Cette phrase fait allusion aux problèmes de vieillissement de la ligne de métro 3 de Budapest. Les rames de métro sont en mauvais état et certains pensent qu’un accident est possible si rien n’est fait rapidement.
7. Cette tuerie s’est produite lors des événements de 1956 : une manifestation s’est dirigée vers cette place où siégeait le secrétariat du parti. Des coups de feu ont été échangés et des membres de la police politique (AVH) ont été lynchés par la foule. Cette police politique était honnie.
8. Le discours d’Őszöd est celui prononcé en mai 2006 par l’ancien premier ministre socialiste Ferenc Gyurcsány à huis clos devant les parlementaires de son parti qui venait de gagner les élections. Dans ce discours, il affirmait avec force qu’il fallait arrêter de mentir aux électeurs. Il venait d’être réélu. Quelqu’un de son camp a fait fuiter ce discours vers les médias et sa diffusion a provoqué un scandale énorme et des manifestations violentes. A partir de cette date le Fidesz a mené une guerre d’usure par tous les moyens disponibles.
G. M. Tamás