Elargissements de l’UE : les divergences franco-hongroises

En déplacement à Budapest jeudi en vue de préparer la présidence hongroise de l’Union Européenne, le Ministre français des affaires européennes, M. Laurent Wauquiez, a exprimé ses réserves quant à la volonté de la Hongrie d’élargir l’espace Schengen à la Roumanie et à la Bulgarie et a estimé que la place de la Turquie n’était pas dans l’UE.

Malgré les nombreux points d’entente sur les sujets évoqués entre le ministre français et son homologue hongroise, Mme Györi, il subsiste tout de même un sujet de désaccord profond entre la France et la Hongrie : l’entrée de la Roumanie et de la Bulgarie dans l’espace Schengen et une future candidature turque. On le sait, la Hongrie a fait de l’adhésion à Schengen de ses deux voisins de l’Est l’un des principaux objectifs de sa présidence. Cette position diplomatique est une constante de la politique hongroise qui cherche avant tout à repousser la frontière contraignante de l’UE et de son espace Schengen, pour jouer au maximum son rôle de carrefour en Europe centrale et balkanique.

Le ministre français des affaires européennes pointe du doigt deux problèmes qui rendent, selon lui, prématuré tout élargissement de cet espace de sécurité à ces deux pays: la corruption et les différents frontaliers entre la Roumanie et son voisin moldave. « Si la Roumanie et la Bulgarie entrent dans l’espace Schengen, leur frontière externe devient notre frontière. Si l’on confie notre frontière, nous avons besoin de toutes les garanties qu’il n’existe aucun problème de corruption. », a expliqué le Ministre, au sortir d’une réunion avec la secrétaire d’Etat hongroise aux affaires européennes. La France n’oppose pas cependant « un « NON » de principe », à cette initiative de la Hongrie, mais insiste sur le fait que « tous les critères doivent êtres remplis. »

« La Turquie n’a pas vocation à entrer dans l’UE » _M. Wauquiez

La France ne s’opposera pas à la candidature de la Croatie, mais en ce qui concerne une hypothétique adhésion turque, la France est en revanche beaucoup plus catégorique : sa place n’est pas en Europe. « Notre position n’est pas du tout la même [que la Hongrie, ndlr]. La Turquie n’a pas vocation à entrer dans l’UE. La France est d’accord pour poursuivre des négociations de rapprochement sur certains chapitres, mais sur les chapitres qui préparent une entrée dans l’UE, notre réponse est négative.« , a déclaré M. Wauquiez.

La position hongroise est très pragmatique : « Un pays doit pouvoir adhérer dès lors qu’il remplit toutes les conditions fixées, peu importe qu’il s’agisse de la Croatie ou de la Turquie« , a fait valoir Mme Györi. « La Hongrie est en faveur de l’intégration, à long terme, de la Turquie. », mais a précisé que sur cette question « Nos sentiments sont mitigés car sur des points, la Turquie fait des progrès, tandis que sur d’autres…elle n’avance pas. »

Ironie de la situation : c’est un ministre français en terre magyare qui a justifié par des raisons avant tout historiques et culturelles l’opposition de la France à l’adhésion turque, alors que c’est la Hongrie, pays souvent prompt à « ressasser » l’histoire, qui fut occupé pendant quelques 150 années par l’Empire ottoman. « S’il y a bien une zone dans laquelle l’Europe s’est construite et dans laquelle son identité s’est faite, dans un dialogue et dans un affrontement contre la civilisation turque, c’est içi. […] La civilisation ottomane est une grande civilisation, mais ce n’est pas la civilisation européenne. Je crois que la vocation de la Turquie est d’être une civilisation qui fait le lien entre les civilisations européenne et du Moyen-Orient.« , a affirmé Laurent Wauquiez. Il n’aura échappé à personne que l’homme politique français a suivi une formation d’historien à l’école normale supérieure, où il a soutenu un mémoire sur « Le Flambeau des « Mille et une nuits » et l’Orient des Lumières, 1704-1798 ». Ceci expliquant cela…

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Corentin Léotard

Journaliste

Rédacteur en chef de Hulala