L’ethnocentrisme hongrois au Parlement européen

Hier Viktor Orbán a passé un mauvais moment devant les parlementaires européens à Strasbourg, prêts à en découdre avec le nouveau «Chavez». Il est manifeste que le Premier ministre hongrois n’a pas l’habitude qu’on le chahute.

Crispé, tendu, il a néanmoins tenu le coup. L’homme n’est pas du genre à se laisser démonter, bien trop sûr de lui. En fait, dans cette séance, ce qu’il y a de plus intéressant, me semble-t-il, est l’intervention du député européen du parti Europe Ecologie, le trop connu Daniel Cohn-Bendit. Dois-je m’inquiéter d’avoir trouvé son intervention intéressante ? Étaient-ce les réponses appropriées aux bouleversements politiques, économiques et sociaux qu’aimeraient mettre en place le Fidesz ? Je n’en suis même pas sure, mais ce dont je suis convaincue c’est que de temps en temps, rappeler l’évidence, même au travers de phrases éculées, trop souvent entendues, avec un côté théâtral comme pratiquement seul Cohn-Bendit sait encore le faire de nos jours, cela ne peut faire de mal. Je ne suis pas sure, c’est vrai de l’efficacité, mais de temps en temps, il semble nécessaire de rappeler des évidences.

Orbán fait l’impasse sur la Tunisie

On peut juste regretter que les grandes envolées de Cohn-Bendit ne ratissent pas plus larges. Dans ce cas précis, concernant la liberté de la presse, cela aurait été une bonne occasion de remettre en question ce qui se passe dans d’autres pays de l’Union européenne, donnant ainsi peut-être moins l’impression de tomber uniquement sur le dos de la Hongrie. L’intervention  y aurait gagné en qualité me semble-t-il. L’autre point sur lequel je rejoins Daniel Cohn-Bendit, c’est sa conclusion et l’indifférence manifestée par le chef du gouvernement hongrois quant aux événements tunisiens. Deux choses. Tout d’abord, l’Afrique en général et la Tunisie en particulier restent des thèmes très inexplorés en Hongrie, que ce soit dans la presse ou au sein des instances politiques. En Europe centrale, en Hongrie, l’Afrique, connaît pas ! Toujours est-il que Viktor Orbán et surtout ses fameux conseillers en communication – qui semblent vraiment incompétents – ont manqué une merveilleuse occasion de se bien faire voir auprès des parlementaires européens. Une pensée pour le martyre et le courage des Tunisiens n’aurait pas coûté cher et aurait certainement rapporté quelques sympathies dans les rangs. Enfin, faire un parallèle entre ce qu’il s’est passé il y a une vingtaine d’années dans les pays d’Europe centrale et orientale et entre ce qui est en train de se dérouler en Tunisie et dans le Maghreb semble pertinent et envisageable, même si aujourd’hui nul ne peut prédire l’avenir. Encore une fois, qui mieux que Viktor Orbán, ancien jeune opposant au pouvoir communiste aurait pu établir cette comparaison et espérer en un meilleur avenir pour les Tunisiens ?

De deux choses l’une, soit la Hongrie et son chef de gouvernement manquent encore d’expérience en politique internationale, ce qui semble manifeste (Cf. les réponses apportées par le ministre hongrois des Affaires étrangères lors de son passage à Paris le 10 janvier dernier sur le Moyen-Orient et le Maghreb). A un journaliste marocain qui l’interrogeait sur la position hongroise  concernant ces sujets, János Martonyi a répondu «Tout cela est du ressort de l’Union européenne». Ce n’est pas faux, mais pas si simple que cela, ou plus exactement comment dissimuler son incompétence et son indifférence sous le couvert d’une autre autorité. Soit et l’un n’empêche pas l’autre, le tempérament manifestement machiavélique de Viktor Orbán l’empêche tout simplement de se mettre à la place de l’autre, d’éprouver de l’empathie pour l’autre. Il a su prendre le pouvoir, mettre en place une stratégie de bataille en s’appuyant sur une rhétorique construite, mais après ? Plus rien. Comme de nombreux hommes politiques, cet homme sait se battre pour arriver au pouvoir. Il sait ce qu’il veut, mais une fois qu’il y est, la nécessaire relation qu’il doit établir entre lui et non plus seulement ses partisans mais avec tous les citoyens reste lettre morte. Il ne sait pas comment faire, pense-t-il seulement à le faire ?

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Cécile Vrain

Journaliste et docteur en Histoire des Relations Internationales de l'Université de Paris 1, spécialiste de la Hongrie.