Double citoyenneté : le projet avance

Forte de sa majorité des deux-tiers au parlement hongrois, la FIDESz a enfin pu déposer lundi le projet de loi dont elle rêvait depuis de nombreuses années : celle relative à l’octroi de la double citoyenneté aux Magyars d’outre-frontière. La Slovaquie, qui craint que cela conduise à des ingérences dans ses affaires intérieures, entend ne pas se laisser faire.

Offrir la citoyenneté hongroise aux Magyars du bassin des Carpates pour réparer l’ « injustice » historique du Traité de Versailles, Viktor Orban en avait fait le fil rouge de son action politique et l’une des grandes priorités de son second mandat de premier ministre. Comme promis, à peine arrivée au pouvoir la FIDESz s’est attaquée à ce chantier. Selon le projet de loi, quiconque pourra déposer, sur une base individuelle, une demande de citoyenneté hongroise, dès lors qu’il est descendant d’un citoyen hongrois, parle le hongrois et possède un casier judiciaire vierge.

Ces conditions d’attributions sont contestées par les détracteurs du projet qui estiment que, d’un côté il sera difficile pour les candidats de prouver leur ascendance, et de l’autre, il sera difficile pour l’administration d’évaluer sa véracité. Pour l’extrême-droite Jobbik, la proposition de loi ne va pas assez loin car elle n’inclut pas le droit de vote automatique aux nouveaux citoyens hongrois qui resterait soumis à leur résidence permanente en Hongrie. Selon la FIDESz, la nouvelle législation pourrait être adoptée dès cette année, le jour de la fête nationale du 20 août, le « jour de la Constitution », puis entrer en vigueur au 1er janvier 2011.

La riposte slovaque

En Transylvanie roumaine et en Voïvodine serbe, qui abritent respectivement 1,5 million et 300.000 individus revendiquant leur appartenance à la nation hongroise, l’initiative du nouveau gouvernement hongrois n’a pas soulevé de frondes comme en Slovaquie avec qui les relations diplomatiques sont exécrables.

Dimanche, lors d’un débat sur la télévision nationale slovaque, le premier ministre Robert Fico a estimé que le projet hongrois allait « mettre en danger la Slovaquie et nuire à ses citoyens » d’origine magyare. Son idée pour le contrer ? Amender la législation slovaque afin que toute personne acceptant la citoyenneté d’un Etat tiers soit automatiquement destituée de sa citoyenneté slovaque (hormis les acquisitions par naissance et mariage). De son côté, le chef de la diplomatie slovaque, Miroslav Lajcák, a annoncé que son pays allait demander la supervision du Haut Commissariat aux minorités de l’OSCE.

Selon Pál Csáky, leader du parti politique slovaque de la Coalition hongroise, un tel amendement est très improbable car la Constitution slovaque interdit de priver quiconque de sa citoyenneté contre sa volonté, argumentant aussi dans l’édition de dimanche du Népszabadság que cela irait à l’encontre même des lois européennes relatives aux Droits de l’Homme.

Tirs croisés dans la presse slovaque

Ce n’est pas un hasard si Janos Martonyi, le ministre des affaires étrangères (déjà au même poste lors du premier gouvernement Orban de 1998 à 2002), a choisi de s’exprimer dans le grand quotidien économique slovaque, Hospodárske Noviny. « La loi sur l’octroi de la double nationalité aux Hongrois de souche vivant dans les pays voisins sera une des premières lois adoptées par le nouveau parlement. […] Ces Hongrois recevront la citoyenneté hongroise sur simple demande individuelle. Cependant, cette citoyenneté ne leur donnera pas automatiquement le droit de vote. Pour cela, il faudrait qu’ils soient également résidants« , a déclaré le chef désigné de la diplomatie hongroise.

Le vice-Premier ministre slovaque Dusan Caplovic, a rétorqué à Martonyi dans le même journal que « L’engagement du nouveau gouvernement hongrois vis à vis de la double nationalité ne peut signifier une contribution positive à l’amélioration mutuelle de nos relations. […] Si la loi a des effets extraterritoriaux, nous la considérerons comme une ingérence dans nos affaires intérieures« . Le feuilleton continue…

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Corentin Léotard

Journaliste

Rédacteur en chef de Hulala