Un documentaire français sur le grand chef opérateur Vilmos Zsigmond

C’est l’histoire de deux hommes. L’un au sommet de sa gloire, couronné à Cannes pour l’ensemble de sa carrière, par le prix de l’American Society of Cinematographers en 1999 et actuellement célébré en tant que photographe par le Ludwig Múzeum à Budapest. L’autre, réalisateur et scénariste, rêvant de travailler avec le plus grand des chefs opérateurs, pour son premier long-métrage, A Dream Last Night. D’un projet de collaboration professionnelle entre les deux naît une amitié, et de cette amitié, une évidence : que l’un filme l’autre. Dans un documentaire qui sortira en salles à l’automne 2015, « Close Encounters with Vilmos Zsigmond » le français Pierre Filmon suit ainsi ce géant du cinéma, à Los Angeles, Budapest et Paris, et revient sur la personnalité d’un des Hongrois les plus célèbres d’Hollywood.

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Vilmos Zsigmond, filmé par Olivier Chambon, AFC, à Budapest

On ne présente plus le travail de Vilmos Zsigmond, directeur de la photographie auprès des plus grands réalisateurs américains, de Robert Altman à Brian de Palma en passant par Steven Spielberg et Woody Allen. Rencontres du troisième type, Voyage au bout de l’enfer, Délivrance, Le Privé, autant de succès planétaires qui ont fait de cet artiste hongrois émigré aux États-Unis à 26 ans, suite à la l’Insurrection de Budapest, une star internationale. Depuis plus d’un an, Pierre Filmon suit ainsi Vilmos Zsigmond dans la cour des grands en demandant à ses amis réalisateurs, acteurs ou directeurs de la photographie, d’évoquer sa carrière. Pour suivre Zsigmond, Pierre Filmon se rend à Budapest, la ville où il a lui-même vécu son premier amour, mais aussi celle où il découvre pour la première fois le travail de Zsigmond en tant que réalisateur avec The Long Shadow, en 1992. Se mêlent donc, dans le documentaire, des images de Zsigmond à Budapest, la musique de son fort accent hongrois, mais également des plans réalisés par Zsigmond lui-même avec son iPhone, à la demande de Filmon :

« Ce qui caractérise le travail de Vilmos, c’est un cinéma très humain. Il filme la vie des vrais gens, et il met en contact le spectateur avec l’histoire de ses personnages, on se sent proche d’eux même s’ils sont interprétés par d’immenses acteurs. Vilmos est quelqu’un de très accessible, toujours très agréable à côtoyer. »

En effet, hormis l’exceptionnel « Rencontres du troisième type », Vilmos Zsigmond n’aime pas avoir recours aux effets spéciaux et tient à être au plus près des personnages et des lieux qu’il filme.

« C’est Zsigmond qui a fait sortir le cinéma des studios d’Hollywood. Filmer dans les rues, utiliser la lumière naturelle, montrer l’Amérique telle qu’elle était et non l’usine à rêve qu’on souhaitait qu’elle soit : il a apporté quelque chose d’européen au cinéma américain. »

Derrière le directeur de la photographie révélé, un photographe caché

Légende du cinéma hollywoodien, ayant éclairé les plus grands acteurs et actrices de son temps – de Robert de Niro à Al Pacino en passant par Antonio Banderas, Meryl Streep, Tom Hanks, Paul Newman, John Travolta, Gena Rowlands, Jack Nicholson, Christopher Walken, Mel Gibson, Jodie Foster, Naomi Watts, Isabelle Huppert et Scarlett Johansson (excusez du peu), récompensé par un Oscar en 1978 pour Rencontres du troisième type, c’est pourtant la première fois qu’une exposition est consacrée au travail de Vilmos Zsigmond en tant que photographe. Né à Szeged en 1930 où il commence déjà à prendre des photos, Zsigmond fait ses études de cinéma à Budapest avant de quitter la Hongrie pour les États-Unis via Vienne et un bateau militaire américain rempli d’immigrés hongrois, en 1956. Travaillant alors tout en noir et blanc, il réalise notamment des portraits, qui saisissent par leur caractère vivant et jamais artificiel. Il continuera toute sa vie à photographier, en parallèle de son travail de cinéaste, aux États-Unis, mais également au cours de ses voyages. De ces archives photographiques, dont il est le premier surpris d’avoir retrouvé la trace dans des boîtes qu’il n’avait pas ouvertes depuis 1957, ont été tirées de superbes impressions que le Ludwig Múzeum expose jusqu’au 21 juin 2015.

De gauche à droite : Pierre Filmon, Paul Hirsch, John Travolta, Vilmos Zsigmond, Nancy Allen et James Chressanthis
De gauche à droite : Pierre Filmon, James Chressanthis, Nancy Allen, Vilmos Zsigmond, John Travolta et Paul Hirsch

Le passeur d’image

« It’s not enough to be Hungarian. You have to have talent. » Cette phrase mythique du Hollywood des années 30 rappelle que si Vilmos Zsigmond, arrivé aux États-Unis avec un autre grand nom du cinéma comme László Kovács, une génération après les Endre von Tóth [futur André De Toth] ou Manó Kertész Kaminer [futur Michael Curtiz, réalisateur de Casablanca], n’est pas le premier à avoir emprunté ce chemin, c’est avant tout son immense talent et sa personnalité qui ont fait de lui l’un des directeurs de la photographie les plus reconnus.

« Le chef opérateur aime se fondre dans la vision commune qu’il développe avec le réalisateur. Il mêle tout son talent artistique au film en devenir. »

Un traducteur des mots en images donc, rôle que Zsigmond a joué à la perfection grâce à sa discrétion et ses qualités humaines, que Pierre Filmon a souhaité saisir pour son documentaire.

« Il ne s’agit pas d’un film centré sur la carrière de Vilmos Zsigmond, même si on pourra entrevoir quelques extraits de ses films. C’est avant tout l’homme, son parcours et son métier que je voudrais faire connaître. Je me suis fait petite souris pour capturer des conversations intimes avec ses amis (dont Haskell Wexler – 2 Oscars, Vittorio Storaro – 3 Oscars, Peter Fonda, John Travolta…) et filmer ce grand homme dans son quotidien. »

Un documentaire à ne pas réserver aux étudiants en cinéma, donc.

« C’est le côté humain de Vilmos Zsigmond qui est fascinant, doublé d’une bienveillance et d’une générosité hors du commun. Dans le documentaire, Vilmos évoque des choses dont il n’a jamais parlé avant. »

Vilmos Zsigmond fêtera ses 85 ans le 16 juin, quelques jours avant la clôture de l’exposition incontournable qui lui est dédiée.

« Close Encounters with Vilmos Zsigmond »
Documentaire de Pierre Filmon, 90 min
Sortie en France à l’automne 2015 chez LOST FILMS
Pierre Filmon est sur Twitter ! Follow @pierrefilmon

Fényképezte : Zsigmond Vilmos / Photographed by Vilmos Zsigmond
LUDWIG MÚZEUM – Kortárs Művészeti Múzeum
Exposition du 10 avril au 21 juin 2015
Entrée : 1800 ft

Pierre Filmon, propos recueillis par Marion Decome