Des symboles du nazisme enterrés et déterrés cet été en Hongrie

L’info est apparue sur tous les grands sites d’actualités au début du mois : le nazi présumé Sandor Képiro est décédé « de sa belle mort » samedi 3 septembre à l’âge de 97 ans, quelques semaines après son acquittement dans le procès de la razzia de Novi Sad. Entre temps, le 19 août, c’est aussi en Hongrie que l’hymne de l’Allemagne nazie a rententi lors d’une cérémonie officielle, pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. D’autres restes de cette sombre époque avaient d’ailleurs été retrouvés dans le Danube à Budapest au début de l’été.

Sandor Képiro, vieillard qui attendrissait certains habitants du quartier de la synagogue Léo Frankel depuis qu’il s’était installé en 1996 dans le 2ème arrondissement de Budapest, était pourtant considéré jusqu’à sa mort comme le premier criminel de guerre nazi sur la liste du centre Simon Wiesenthal. Il était notamment accusé d’avoir participé à la « razzia de Novi Sad » en janvier 1942 (plus de 1200 morts en 3 jours) alors qu’il y était capitaine de gendarmerie hongrois.  Lors de son procès le 18 juillet dernier, Sandor Képiro comparaissait pour sa complicité dans « seulement » 36 meurtres lors de cette grande rafle. Il avait été acquitté, faute de preuves historiques suffisamment convaincantes pour le président du tribunal Béla Varga. Quelques jours plus tard, le Parquet de Budapest avait fait appel de cette décision.

Sandor Képiro avait pourtant déja été condamné deux fois par le passé. Le 1er juin 1944, il écopait de 10 ans de prison, jugé par un tribunal militaire. Cette peine avait rapidement été annulée par les nouvelles autorités de l’époque, la Hongrie étant passée sous occupation allemande quelques mois plus tôt, et la mise en oeuvre de la Shoah ayant déja commencé à Budapest. La seconde fois, un tribunal du régime communiste le condamnait par contumace à 14 ans de prison, alors qu’il était exilé à Buenos Aires.

Képiro avait passé 50 ans sous le soleil argentin, avant de rentrer discrètement dans sa mère patrie en 1996. Ironie du sort, il s’était réfugié juste en face d’une synagogue pour finir ses vieux jours tranquillement.

La Hongrie rejoue l’hymne nazi

Sans transition, souvenons-nous qu’au mois d’août, les organisateurs hongrois du championnat du monde de canoë-kayak lui rendaient (involontairement) un vibrant hommage en faisant retentir la première strophe du vieil hymne allemand (« Deutschland über alles » – « l’Allemagne au-dessus de tout ») – l’hymne de l’Allemagne nazie – qui n’avait plus résonné depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Des victimes de l’Holocauste découvertes à la rénovation du pont Margit

Fin juin, lors du nettoyage des ruines du pont Margit de Budapest, détruit lors de la Seconde Guerre mondiale, des plongeurs ont trouvé des ossements humains, ainsi que des vêtements et des chaussures. Depuis cette époque, le canal n’avait jamais été nettoyé si profondément. Certes, quelques déchets avaient déja été retirés du Danube, mais le travail n’avait jamais été si minutieux. Lors de la reconstruction du pont après la guerre, les ruines n’avaient pas pu être extraites, car l’équipement nécessaire avait lui-même été détruit.

Au début de l’été, la police parlait de sept squelettes différents et elle prétendait ne pas pouvoir identifier formellement l’origine de ces cadavres. Fin août, une source a déclaré sous couvert d’anonymat au journal Népszava que l’autopsie révélait que les ossements pourraient provenir de 20 ou 21 squelettes. Lorsque les experts ont affirmé avoir remarqué des traces d’impacts de balles sur les ossements, la probabilité que ces victimes aient été des Juifs exécutés, puis jetés dans le Danube, s’est accrue considérablement. D’autant que selon les mêmes experts, les squelettes dateraient du milieu ou du début des années 40.

Source : Népszava.

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