Des multinationales qui pleurent dans les jupons de Bruxelles

Le 15 décembre dernier,  15 multinationales installées en Hongrie – dont 13 groupes industriels d’origine allemande, autrichienne, néerlandaise et française – se sont plaintes dans une lettre adressée à la Commission Européenne, concernant la taxe exceptionnelle dite « de crise » qui leur est imposée par le gouvernement hongrois depuis cet automne.

M. Burns, magnat industriel de Springfield, dans la série culte The Simpsons

On se souvient que le ministre de l’Economie Gyorgy Matolcsy avait frappé fort. D’abord sur les secteurs financiers (banques et assurances), puis sur les secteurs de l’Energie, des Télécommunications et de la Grande Distribution. La lettre, examinée « avec la plus haute attention » par les Commissaires, selon le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung, parle d’au moins 1,3 milliards d’euros de profit pour le gouvernement hongrois. Parmi les entreprises qui se sentent victimes de la rigueur économique hongroise à leur égard, figurent, en tête, les grands groupes de l’énergie allemande RWE et E.on et l’autrichien OMV, ainsi que les groupes financiers hollandais ING et Aegon, mais aussi l’assureur français AXA et le géant germanique Deutsche Telekom. Ce dernier, omniprésent en Hongrie, se plaint par exemple d’avoir déja perdu quelques 100 millions d’euros via sa filiale locale Magyar Telekom.

Lundi, dans une déclaration au journal bavarois, le ministre allemand de l’Economie Rainer Brüderle est lui même monté au créneau pour défendre ses « requins » et attaquer ce qu’il pourrait juger comme du « nationalisme – socialiste économique » : « Les taxes qui touchent en priorité des entreprises étrangères sont problématiques sur le fond pour le marché intérieur européen ».

Si ces entreprises prétendent comprendre la volonté du gouvernement hongrois de pallier ses difficultés budgétaires en terme de réduction de déficit, elles estiment que ces mesures ont des effets désavantageux pour les investissements, et pourraient porter atteinte au sacro-saint principe du respect de la concurrence au sein de l’UE. Elles ajoutent que ces mesures prises par le gouvernement hongrois affectent des secteurs qui ne peuvent se défendre, du fait de leurs « spécialités’. Les mêmes spécialités qui leur ont d’ailleurs permis d’investir à moindre coût, et de monopoliser par la même occasion le marché hongrois depuis de longues années…

En déplacement à Budapest au début du mois de décembre, le ministre français des affaires européennes Laurent Wauquiez avait estimé que, sur cette question, il existe une limite qui est « pas de discriminations ».

Budapest étant déja sous le feu des projecteurs par la présidence hongroise de l’Union Européenne, et jetée au bûcher des critiques occidentales pour sa réforme des médias, ces accusations de « dérive économique facsisante » de la part de ces gros investisseurs  – comme le souligne bien l’article de Marianne paru mercredi – n’arrange pas sa réputation du côté de Bruxelles. Bruxelles, qui, soit dit en passant, réagit bien plus vite lorsqu’il s’agit de s’immiscer dans des histoires de gros sous que lorsqu’il s’agit de défendre des principes démocratiques fondamentaux, tels que la liberté de la presse.

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