De Miskolc à Budapest : la marche des «affamés»

A New York et à Madrid on s’indigne, en Hongrie, on a faim mais on souffre en silence. Enfin, pas toujours…C’est dans un froid glacial que les participants à la « marche de la faim » ont commencé leur périple, lundi matin. Derrière le slogan « Du travail, du pain ! », ce sont quelques douzaines de citoyens et quelques maires du département de Borsod-Abaúj-Zemplén qui participent à cette marche pour dénoncer la misère qui frappe le nord-est de la Hongrie. Un ouvrier fondeur de Diósgyor aujourd’hui au chômage, Imre Miklós Tóth, est à l’origine de cette action. Le suicide de son ami au chômage et surendetté a été la goutte de trop pour lui.

Borsod-Abaúj-Zemplén était une région réputée pour son industrie lourde, un secteur qui a totalement disparu à la chute du communisme. Depuis lors, le chômage et la pauvreté n’ont fait qu’augmenter. La situation est tellement désespérante que les manifestants sont prêts à marcher durant 8 jours dans la neige, avec une température qui flirte avec les -20 degrés.

Le parti socialiste hongrois a apporté son soutien à cette action et deux porte-paroles du parti vert LMP ont rejoint la marche dans la journée de mardi, Bernadett Szél et Gábor Vágó. Partis de la ville de Miskolc, tout ce petit monde devrait atteindre Budapest lundi, jour de l’ouverture de la session parlementaire du printemps.

Les querelles d’abord, la pauvreté après…

Avec l’augmentation des prix et la baisse des minima sociaux au 1er janvier, la situation sociale déjà désastreuse dans bien des endroits du pays et notamment dans le Nord-Est va encore empirer. Pourtant, même face à cet enjeu, les représentants politiques hongrois se montrent incapables de faire front commun. Les socialistes font mine de découvrir la gravité de la situation maintenant qu’ils ont été chassés des nombreuses mairies qu’ils contrôlaient dans cette région, tandis que la droite pro-gouvernementale a accusé le parti socialiste de manipuler les « affamés » à des fins de basse politique.

L’action a même carrément tourné à la bouffonnerie mardi dans la ville de Mezokövesd. M. le maire Fidesz Zoltán Fekete s’est fait un devoir d’accueillir dans sa commune les manifestants, poussant même sa générosité jusqu’à leur offrir du pain. Avant de se fendre d’une déclaration : dans sa commune, comme dans toutes les autres villes dirigées par la Fidesz, il y a du travail pour les courageux. Et de proposer à ces « fainéants de chômeurs » de déneiger la route. Gardant leur calme face à cette vexation, plusieurs participants ont accepté le travail et ont déneigé jusqu’à minuit.

Plus minable encore : toujours à Mezokövesd, les conseillers municipaux Fidesz ont proposé du thé qui n’a été accepté que par un participant. Un peu plus tard les collaborateurs de la mairie ont forcé le jeune homme en question à se soumettre à un alcootest, qui s’est avéré positif. Pour Imre Miklós Tóth, il s’agit d’une provocation de la Fidesz destinée à décrédibiliser le mouvement en faisant passer les marcheurs pour des alcooliques invétérés.

Le secrétaire d’État à l’Intérieur et ancien maire de Mezokövesd, András Tallai, était également présent dans la ville mardi. L’alcoolisme n’étant pas l’apanage de la gauche en Hongrie, les « affamés » ont remarqué que le politicien se trouvait dans un état d’ébriété avancé alors qu’il tentait d’expliquer aux manifestants comment on utilise une pelle à neige. Les socialistes présents ont demandé à Tallai de souffler dans le ballon, ce qu’il a refusé. István Nyakó, un député socialiste présent sur les lieux à déclarer ne pas savoir si « Tallai a dit toutes ces conneries sous l’effet de l’alcool ou si c’est son état naturel« .

Pauvreté, misère et désunion sociale, alcool et guéguerres politiciennes. La Hongrie a vraiment grise mine…

Sources : ATV, index.hu, origo.hu

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