« Le Budapestois soignait son intérieur même s’il n’en était pas propriétaire »

Au même titre que l’argent, le logement était une préoccupation constante des Budapestois avant et après 1989.

La ville portait encore à cette époque-là bien plus qu’aujourd’hui les stigmates des vicissitudes politiques que le pays avait connues depuis la fin de la seconde guerre mondiale.

Les vieux immeubles du tournant de siècle de Pest qui avaient été construits en quelques années seulement avant la première guerre mondiale avaient à peu près résisté du moins extérieurement aux guerres et à la révolution de 1956. Les impacts de balles étaient cependant encore visibles et il n’était pas rare de voir des échafaudages de fortune soutenir des balcons menaçant de s’écrouler. La situation était toutefois plus catastrophique une fois poussé le portail d’entrée. Les parties communes étaient dans un état déplorable et il fallait beaucoup d’imagination pour s’imaginer ce que furent et ce qu’allaient devenir ces magnifiques immeubles une fois restaurés. Et puis, on arrivait dans les appartements et c’est là qu’on pouvait avoir les plus belles surprises. La plupart avait été divisés au fil du temps et on ne comprenait pas toujours ce qui avait conduit à la répartition des pièces comme la cuisine et la salle de bains mais en règle général, le Budapestois soignait son intérieur même s’il n’en était pas propriétaire.




La même préoccupation motivait le locataire des panelházak ces HLM qui avaient poussé un peu partout aux portes de la ville. Quand vous alliez rendre visite à un ami habitant un tel logement, il valait mieux partir avec un maximum d’informations (numéro de rue, de bloc, d’appartement, d’étage…) car ces immeubles qui se suivaient à perte de vue se ressemblaient comme des gouttes d’eau.

Et puis il y avait des endroits privilégiés, les plus connus étant les collines de Rozsadomb, Svábhegy ou Sashegy avec leurs villas cossues où résidaient entre autres les apparatchiks mais aussi des endroits plus modestes comme Zugló où les petits pavillons coquets avec leur petit jardin fleuri bordaient une rue qui n’était parfois même pas goudronnée. Entre les maisons, on trouvait même les potagers qu’exploitaient traditionnellement les maraîchers bulgares.

Bref, Budapest dont la superficie correspondait à cinq fois celle de Paris offrait une diversité de logements incommensurable. La fin de l’ancien régime signifia pour beaucoup la concrétisation d’un rêve: pour une poignée de forint, les locataires purent devenir propriétaires. Malheureusement, ils découvrirent très vite les charmes de la copropriété et le cauchemar commença.

La ville s’est aujourd’hui métamorphosée. Même si de nombreux immeubles nécessiteraient encore des rénovations, les efforts ont été faits pour valoriser une architecture exceptionnelle qui fait de Budapest la perle du Danube.

Philippe Gustin