À Budapest, la rue se fait entendre contre Viktor Orbán

Plusieurs milliers de Hongrois ont défilé ce dimanche à Budapest contre leur gouvernement. Dans un contexte politique tendu, marqué par la suspension du Népszabadság, principal quotidien d’opposition, les manifestants s’en sont pris à la «corruption généralisée» à la tête du pays et réclamé à plusieurs reprises le départ du Premier ministre Viktor Orbán.

Lancé comme un événement Facebook, le rassemblement organisé par les partis de gauche Ensemble (Együtt), PM et LMP s’est transformé dimanche après-midi en manifestation d’ampleur contre le gouvernement de Viktor Orbán. Une dizaine de milliers de Hongrois se sont massés entre Ferenciek tere et le pont Erzsébet à Budapest, pour protester contre la «liberté volée» en Hongrie et faire entendre leur voix face à un pouvoir de plus en plus hermétique à la contestation. Selon le texte accompagnant l’événement Facebook, cette démonstration de force est là pour montrer que les Hongrois «en ont marre que Viktor Orbán et sa bande mettent à sac le pays».

De nombreux participants ont manifesté avec dans leurs mains, un exemplaire du Népszabadság, quotidien de centre-gauche dont la suspension il y a une semaine est devenue le symbole du climat de tension qui règne dans le pays. De ce point de vue, cette manifestation amplifie sensiblement le rassemblement spontané qui s’est tenu samedi 8 octobre dernier pour protester contre la décision de «chômage technique» prise par le propriétaire du titre, le groupe autrichien Mediaworks. Beaucoup voient derrière cette opération Lőrinc Mészáros et Gábor Liszkay, deux très proches de Viktor Orbán accusés de vouloir mettre la main sur une institution du paysage médiatique hongrois, mais surtout s’accaparer plusieurs titres de la presse quotidienne régionale.

«On ne peut plus parler de gouvernement, mais de crime organisé»

Se succédant à la tribune, les leaders des partis organisateurs ont rivalisé dans leur dénonciation de l’orbanisme au pouvoir. Benedek Jávor (PM) a critiqué le premier «une corruption et un vol organisés au plus haut sommet de l’État», appelant la société civile et les médias à tenir bon. Ákos Hadházy, co-président du LMP a quant à lui menacé directement le gouvernement d’une insurrection populaire, si jamais il s’avérait que les institutions démocratiques ne fonctionnaient plus normalement, précisant toutefois «ne pas souhaiter en arriver là». Enfin, Péter Juhász, président du parti Ensemble (Együtt) a ciblé la confiscation des moyens de l’État par un petit groupe massé autour de Viktor Orbán, estimant à ce sujet «qu’on ne [pouvait] plus parler de gouvernement, mais de crime organisé». Péter Juhász a conclu son intervention en appelant tous les Hongrois à siffler leur Premier ministre dans tous ses déplacements à venir dans le pays.

Hongrie : des journalistes dénoncent un «putsch» à Népszabadság

Directement mis en cause par les organisateurs, le Fidesz de Viktor Orbán a réagi par voie de presse au moment où les manifestants se rassemblaient dans les rues de Budapest. Le porte-parole du parti, Gergely Gulyás s’est ainsi demandé «contre qui s’orientait ce rassemblement commun au « nom de la liberté de la presse »», rejetant en bloc les accusations d’ingérence du pouvoir dans la suspension du Népszabadság. La semaine dernière, le propriétaire de Mediaworks, Heinrich Pecina, a volé au secours du gouvernement hongrois en combattant formellement la dimension politique qu’a prise l’affaire, sans pour autant donner d’explication sur la méthode employée, brutale et sans préavis.

Si l’affaire du Népszabadság semble jouer un rôle de catalyseur, la tension qui règne en Hongrie s’explique surtout par l’onde de choc causée par l’invalidation du référendum sur les quotas de réfugiés le 4 octobre dernier. Véritable camouflet personnel pour Viktor Orbán, les résultats du scrutin ont surtout montré l’existence de deux Hongrie dont les antagonismes ont été électrisés par une campagne référendaire particulièrement virulente. Par ailleurs, le pays s’apprête à célébrer à la fin du mois d’octobre le soixantième anniversaire de l’insurrection de 1956, dont l’héritage et le symbole sont âprement disputés par la gauche et la droite. Depuis l’arrivée au pouvoir de Viktor Orbán en 2010, les manifestations antigouvernementales se sont toujours soldées par des échecs, en raison à la fois de l’habileté tactique du Premier ministre, prompte à démobiliser son opposition, mais aussi de la fragmentation des partis de gauche jusqu’à présent incapables de formuler une réponse commune à la colère sourde qui traverse le pays.

La Hongrie est divisée comme jamais elle ne l’a été

Sources : 24.hu, 444.hu