À Budapest, dans les arrières-cours du «quartier de la fête»

Le 7e arrondissement de Budapest est devenu ces dix dernières années l’une des destinations favorites des jeunes Européens, Américains ou encore Australiens. L’ancien ghetto juif abrite désormais les fameux «bars de ruine» (romkocsma), qui donnent aux nuits de la capitale hongroise cette coloration Erasmus trash. Gergely Olt, doctorant en sociologie, nous raconte la genèse de ce «quartier de la fête» (bulinegyed) et nous en décrit ses arrières-cours.

Vos recherches portent sur le «quartier de la fête», l’ancien ghetto juif dans le 7e arrondissement de Budapest. Pouvez-vous nous décrire les principaux changements qui s’y sont déroulés depuis la fin du communisme ?

Au moment de la transition, l’état du bâti y était déjà très mauvais. Par ailleurs, depuis la fin des années 1970, le «conseil» (la municipalité, dans le jargon soviétique, ndt) y avait installé des habitants de condition modeste. Pendant le communisme, les immeubles n’étaient pas réhabilités ; l’on construisait plutôt des grands ensembles à la lisière de la ville.

Gergely Olt.
Gergely Olt.

En 1990, le projet c’était de faire de la promenade Madách, imaginée en 1902, la solution pour mettre le secteur en ordre. Cela aurait impliqué de tracer une route à travers le tissu historique, et donc de détruire de nombreuses maisons. Même si le plan de 1990 ne s’est jamais concrétisé, les habitants qui logeaient dans les immeubles voués à la destruction n’ont jamais pu privatiser leur appartement. Là où la privatisation était possible, les classes supérieures ont – pour beaucoup – préféré partir et les pauvres sont restés locataires d’appartements à loyer social. De cette façon, le quartier a continué de décliner dans les années 1990.

Entre 1998 et 2000, le prix du marché immobilier a doublé à Budapest et dans l’ensemble du pays (il faut dire que le prix de départ était particulièrement bas). Ceci était lié à des facteurs à la fois internationaux et nationaux, comme la crise russe ou bien le programme hongrois de soutien au crédit immobilier. Dans la mesure où plus de 10% du stock de logements appartenaient encore aux municipalités à la fin des années 1990, la mairie du 7e arrondissement s’est dit qu’elle allait vider les immeubles qu’elle possédait encore à 100%, en proposant aux occupants une indemnisation financière ou une solution de relogement. Le but était de vendre ces biens à des investisseurs immobiliers. 

Dans les faits, la municipalité a évalué les transactions sur la base du prix des terrains, car bien que de nombreux édifices étaient classés comme patrimoine historique, ils étaient souvent dans un très mauvais état. Les investisseurs voulaient construire des grands immeubles modernes afin de maximiser l’emprise foncière sur le plan du nombre de logements. Cette opération, bien que peu intéressante au départ d’un point de vue financier, s’est révélée très importante pour la municipalité, car ça a été une bonne façon pour elle d’attirer des riches à la place des plus pauvres.

Il est vrai que ces ventes se sont effectuées dans un climat de corruption, entraînant même l’emprisonnement de plusieurs responsables politiques, parmi lesquels le maire d’arrondissement de l’époque. Ce qu’il faut retenir, c’est que la municipalité n’a pas vraiment vu la couleur de ces revenus, dans la mesure où une bonne partie du produit de ces ventes est tombé dans la poche de ces élus. Par ailleurs, le choix des acquéreurs dépendait bien plus souvent de la nature de leur entregent que de la loi du marché.  Vu les conditions de la privatisation, le processus s’est déroulé plutôt lentement – les entrepreneurs ne sont pas stupides, ils se rendent compte lorsque les dés sont pipés -, et ceux qui ont acheté les immeubles l’ont souvent fait uniquement dans un but spéculatif.

Là-dessus, l’association Óvás! (pour la protection du patrimoine) a bien tenté de sauver les immeubles classés de plusieurs façons, en insistant notamment sur la labellisation Unesco du secteur de l’avenue Andrássy, situé à proximité. Du coup, les immeubles vides du début des années 2000 se sont retrouvés quelques années plus tard aux mains d’investisseurs, qui attendaient soit le permis de démolition, soit de trouver à ces biens un nouveau repreneur. Seulement, la crise a frappé en 2008 et en 2009, le maire du 7e s’est retrouvé en prison. La crise s’est étalée jusqu’au premier quart de l’année 2014, et sur toute cette période, les prix n’ont cessé de baisser.

Le Fogasház dans le quartier de la fête.
Le Fogasház dans le quartier de la fête.

Dans les immeubles vides, des bars de ruine ont ouvert. Du coup, ce quartier n’a pas été investi par des hauts revenus, mais il est devenu en quelques temps le quartier festif de Budapest (bulinegyed). Entre temps, les prix immobiliers sont repartis à la hausse, parce que tout le monde a voulu ouvrir une auberge de jeunesse ou faire du airbnb. Les gens n’achètent plus pour habiter le quartier, parce que celui-ci est devenu une attraction touristique en soi. Les loyers sont désormais indexés sur ce que peut rapporter la manne touristique, et non plus sur la capacité financière des gens qui habitent le centre-ville.



En quoi le 7e arrondissement était davantage disposé à devenir le quartier festif de Budapest ?

Au début des années 2000, des bars ont commencé à ouvrir dans les immeubles vides appartenant à la municipalité d’arrondissement, mais ils ne fonctionnaient alors que les mois d’été. Ceux qui faisaient tourner ces affaires louaient les locaux à la collectivité pour quelques centaines de milliers de forint (moins de 1000 euros) par mois. Puis les élus ont décidé de faire fermer ces lieux, de peur des conséquences électorales, et ont de toutes façons cédé les immeubles aux promoteurs privés. Ce sont ces immeubles dégradés à coursives qui ont été les premiers bars de ruine. On avait le même genre de choses ailleurs, notamment à Kreuzberg (Berlin) déjà dans les années 1980. Mais ces quartiers n’étaient pas aussi centraux que le 7e arrondissement, et n’avaient pas un tissu de bars aussi dense qu’à Budapest. Au milieu des années 2000, la mode des bars de ruine a entraîné un engouement chez des artistes, lesquels ont expérimenté des modes de fonctionnement collectifs, que ce soit dans du locatif privé ou public. C’est comme ça que le quartier a pris ses allures bourgeoises et bohèmes.

Après la crise, du fait que les investisseurs privés n’avaient plus d’argent pour développer leurs projets, d’autres bars ont pu s’ouvrir dans ces immeubles en ruine, moyennant cette fois des loyers plus élevés, mais aussi des baux plus longs dans le temps. Du fait de l’harmonisation de la législation européenne, il est également devenu plus facile d’ouvrir des débits de boisson en Hongrie, au nom souvent de la libre entreprise. De plus en plus de lieux ont ouvert leurs portes, cette fois pas seulement des bars, mais aussi des boîtes de nuit. D’un point de vue réglementaire, la municipalité ne pouvais désormais intervenir que pour limiter les horaires d’ouverture. Du fait du succès des établissements nocturnes, telle mesure courait cependant le risque d’une rapide impopularité. Les propriétaires des bars argumentant également sur le fait que toute restriction d’ouverture entraînerait automatiquement le dépôt de bilan.

«La municipalité voulait à la fois rassurer ses électeurs, tout en continuant de gagner de l’argent»

Ce sont donc les habitants qui ont du subir les nuisances sonores. La municipalité voulait à la fois rassurer ses électeurs, tout en continuant de gagner de l’argent. Après de nombreux débats, la décision a été prise en février 2013 de créer une zone à l’intérieur de l’arrondissement (correspondant au vieux ghetto juif, ndr), dans laquelle aucune limite d’ouverture ne serait imposée. Ailleurs dans le 7e, tous les établissements devant en revanche fermer à minuit. Les habitants de la zone concernée se sont mis très en colère, car pris entre une nuisance nocturne décuplée, et l’impossibilité de vendre à bon prix leur logement jusqu’à la fin de la crise en 2014.

Fin 2014, début 2015, le boom immobilier a repris à Budapest et dans l’ensemble du pays. Là aussi, plusieurs facteurs expliquent la situation, mais dans ce cas, le contexte local semble avoir été déterminant. Des sociétés de courtage se sont révélées être des arnaques, ce qui a incité les possédants à investir davantage dans la pierre que dans des affaires financières. Cette tendance a été accentuée par le développement parallèle des sociétés aériennes low cost et du airbnb. Du fait de l’envolée des prix, beaucoup ont donc pu vendre leurs biens à des investisseurs, et quitter ainsi le quartier, souvent hélas pour des secteurs excentrés. Le processus actuel est celui d’une érosion résidentielle au profit d’une augmentation de l’offre d’hébergement touristique (hôtels, auberges de jeunesse, airbnb).

«Le tourisme est devenu un phénomène réellement planétaire mais aussi un mode de consommation particulièrement intensif et ostentatoire»

Le passage de la fonction résidentielle à la fonction festive s’est donc fait en 15 ans. Aux facteurs locaux évoqués (corruption des élus, héritage communiste, privatisation) s’ajoute le fait que le tourisme est devenu un phénomène réellement planétaire mais aussi un mode de consommation particulièrement intensif et ostentatoire. Il a donc fallu cette combinaison de facteurs locaux et globaux pour aboutir à une situation similaire à celle des centre-villes de l’ouest. Désormais, la situation est dramatique : auparavant, c’était des habitants ou des ouvriers qui habitaient dans des logements qu’ils possédaient, aujourd’hui, les appartements sont soit vides, soit destinés uniquement aux touristes. Par ailleurs, désormais personne n’a suffisamment d’argent pour y payer un loyer, dans la mesure où les prix y ont doublé en un an. Ce qui freine la contestation sociale, c’est que beaucoup de jeunes peuvent encore vivre longtemps avec leurs parents. Mais ceux qui sont étudiants, ou bien les groupes sociaux les plus pauvres, se voient contraints de quitter le centre-ville.

Qui sont les principaux acteurs de ces changements urbains ?

L’État ne soutient aucunement cette situation dans le 7e arrondissement. Pour le Premier ministre (Viktor Orbán), les bars de ruine sont les lieux de socialisation de la jeunesse libérale, laquelle s’y réunirait pour s’opposer à lui. Mais il faut aussi souligner que depuis le début des années 2010, on voit aussi émerger des acteurs locaux qui s’entendent très bien avec le pouvoir en place. Ceci explique aussi l’absence de mesures pour restreindre les activités nocturnes. Comme je l’ai dit, la réglementation européenne est plutôt favorable aux entrepreneurs, ce qui rend les gérants de bars dans une situation plutôt confortable face à la contestation des riverains qui se plaignent du bruit. Pour les élus locaux, c’est une bonne chose qu’il y ait beaucoup de lieux de fête, tant que les établissements s’acquittent des impôts. C’est même plus intéressant pour la municipalité qu’il n’y ait plus d’habitants dans le quartier, mais uniquement des entreprises. Et pourtant, les majorités municipales sont reconduites, car les gens votent souvent en fonction d’enjeux nationaux – et en l’occurrence pour le Fidesz.

Les acteurs principaux de cette situation restent les gérants de bar et les restaurateurs, dans la mesure où ils sont aux premières loges pour repérer les affaires immobilières, mais aussi – dans la mesure où beaucoup ont voyagé – importer des idées d’ailleurs, comme par exemple de Berlin.

L’ancienne équipe municipale a aussi joué un grand rôle, car le système de corruption mis alors en place a beaucoup influencé le processus de privatisation. En ce qui concerne l’équipe actuelle, nous pouvons simplement remarquer que certains d’entre eux sont directement investis – souvent pas officiellement – dans le monde des bars et restaurants.

Les nouveaux acteurs importants, ce sont les responsables d’auberges de jeunesse ainsi que les locataires en airbnb. Ce groupe est néanmoins très divers. Il y en a qui sont très riches, qui achètent beaucoup de logements et les transforment en airbnb de luxe ; d’autres font de la sous-location avec des biens qui ne leur appartiennent pas toujours, et rien ne dit qu’ils font beaucoup d’argent avec, tout dépend de la chance.

La société civile est quant à elle très faible. Il y avait bien des riverains qui se sont mobilisés contre les bars, mais ils ont été instrumentalisés par les politiques. D’ailleurs, les plus actifs de ces habitants se sont, depuis, résolus à déménager… Quant aux locataires de logements municipaux, ils n’osent pas s’opposer à la municipalité, car ce serait s’exposer à un risque d’expulsion.

Article de presse sur le 7e arrondissement.
Article de presse sur le 7e arrondissement.

Ce qui est curieux, c’est que les gérants aussi se sont constitués en association, notamment pour défendre leurs intérêts quant à l’ouverture tardive. Leur influence a commencé à devenir importante, au moment où des entrepreneurs proches du pouvoir se sont engagés à leurs côtés. L’association de défense du patrimoine – Óvás! – a longtemps été assez forte, car elle disposait d’un ancrage politique. Celui-ci s’est disloqué depuis l’arrivée au pouvoir du Fidesz. L’organisation reposait beaucoup sur des personnes âgées, et son succès s’expliquait par la convergence entre la défense du patrimoine et le contexte de corruption. L’État a depuis supprimé la protection du patrimoine et a inscrit le façadisme dans les règles d’urbanisme. En gros, maintenant plus rien ne protège les anciens édifices.

Les organisations juives restent quant à elles assez actives, mais leur activisme n’atteint que très peu les habitants. Cela s’explique par le fait que les Hongrois restent assez peu religieux, y compris ceux qui ont découvert récemment leurs origines juives. Ce qui est différent, c’est la mise en avant de l’identité juive dans le tourisme, qui intéresse par exemple beaucoup les touristes américains. Du coup il y a beaucoup de restaurants avec des plats juifs, mêmes si l’établissement n’est pas kascher.

Enfin, les conflits de riverains ne portent pas sur des questions générales, mais uniquement sur du NIMBY, comme par exemple le bar qui se situe dans le voisinage. Mais fermer un bar ne règle jamais tout, dans la mesure où les rues restent remplies de gens qui font du bruit la nuit, essentiellement des touristes éméchés. Par ailleurs, la culture citoyenne, et celle du règlement des problèmes par le dialogue, reste encore marginale.

Dans quelle mesure ces transformations observées à l’échelle du 7e arrondissement s’articulent-elles avec des bouleversements plus larges à l’échelle de Budapest ?

Souvent, ce qui a influencé les changements urbains ces 25 dernières années, c’est vraiment la façon dont la privatisation s’est déroulée à l’échelle locale. Dans le 9e arrondissement par exemple, les choses ont été faites consciencieusement, les élus n’ont pas laissé la privatisation se faire, car la réhabilitation y a démarré dès les années 1980. La municipalité d’arrondissement ainsi que la Caisse française des dépôts et consignations ont actionné le levier institutionnel qui a permis le départ du renouvellement urbain. Vu que l’immobilier était entre les mêmes mains et qu’il n’y avait qu’un seul et unique objectif, celui-ci a pu se concrétiser très facilement. Alors que dans les copropriétés, il suffit qu’un habitant s’oppose à la volonté d’un autre pour que les choses ne se fassent pas. Dès lors que la municipalité dispose de tous les outils juridiques et financiers, les transformations qu’elle impulse peuvent être plus profondes. C’est à cause de ce levier institutionnel que la gentrification a pu être aussi violente dans le 9e arrondissement, où l’on a aussi détruit beaucoup d’anciens immeubles. Maintenant, ces quartiers sont sans aspérité, la qualité du bâti n’est pas de très bonne qualité, mais ce sont des résidences modernes, et pas un quartier de la fête.

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Dans le 6e arrondissement voisin de l’ancien quartier juif, les logements ont été privatisés beaucoup plus rapidement, et nombre d’entre eux ont même été cédés à des étrangers, dans la mesure où ce secteur forme avec le 5e le centre historique prestigieux de Budapest. On a surnommé le 6e arrondissement le «Soho de Pest» car on y trouve de nombreux théâtres… Il n’est pas devenu un quartier festif car très peu de bars ont pu y ouvrir, car il n’y avait pas assez d’immeubles entre les mêmes mains. Dans la partie centrale du 8e arrondissement, la privatisation ne s’est pas non plus passée de la même façon qu’ailleurs, en raison de la pauvreté extrême des habitants, mais aussi du caractère insalubre des logements. C’est comme ça qu’ils ont pu raser un quartier entier pour construire la promenade Corvin et lancer le programme Magdolna.

L’une des leçons du cas hongrois, c’est la façon dont la structure immobilière (le fait que par exemple les immeubles soient divisés en copropriété) impacte le marché immobilier d’une façon très différente qu’en Europe de l’Ouest. Après 2015, le quartier de la fête est devenu l’épicentre d’une gentrification-domino vers les quartiers excentrés. Vu qu’il est de plus en plus difficile de louer à bon prix, voire même de trouver du locatif disponible pour les Budapestois dans ce secteur, de nombreux habitants se voient contraints d’investir d’autres quartiers, plus éloignés du centre-ville. Ceux qui cherchent la centralité doivent ainsi acheter désormais dans le 8e arrondissement, ce qui a pour effet d’exclure les strates les plus pauvres qui y vivaient.

De plus, vu que l’immobilier devient un investissement intéressant, beaucoup de personnes cherchent à acheter des immeubles entiers. En définitive, il est possible qu’émerge à Budapest le marché locatif privé qui lui faisait défaut jusqu’à présent. Mais nous en sommes quand même encore loin. Enfin, il faut aussi garder à l’esprit que la rive occidentale du Danube – Buda -, est presque vierge de tout bar, ou en tout cas ils sont obligés de fermer à 22h. Cela illustre le fossé entre les habitants des deux rives, les habitants de Buda ayant des connexions plus fortes avec le personnel politique.

Avec l’avènement du tourisme de masse à Budapest, est-ce qu’on peut parler comme pour Prague, d’une forme de «disneylandisation» de l’espace urbain ?

Ce qui s’est passé à Prague il y a quelques années, a pris à Budapest un tournant assez différent. Là-bas, la privatisation a pris la forme d’une restitution, et ça a très vite bénéficié aux expatriés et aux touristes, puis des hôtels ont été aménagés dans les vieux immeubles. Du fait que les immeubles anciens appartenaient aux mêmes propriétaires, c’était intéressant de les transformer en hôtel. Dans le cas hongrois, le processus de privatisation a morcelé la propriété du bâti, et beaucoup de personnes ont acheté avant tout pour des raisons de cadre de vie, et non de profit. Ce qui fait que les acteurs capitalistes n’ont pas investi ce marché chez nous, car il aurait fallu négocier avec trop de monde.

«Budapest attire davantage des jeunes fêtards et des enterrements de vie de garçon»

À Cracovie, le taux de locataires est également plus élevé qu’à Budapest, et l’immobilier y est globalement plus cher, ainsi que les loyers. Ensuite, ce qui a aussi joué à Prague, c’est la proximité immédiate de l’Allemagne. La spécificité de Budapest en Europe centrale, c’est que la «disneylandisation» a produit davantage de bars que d’hôtels, ce qui fait que la capitale hongroise n’attire pas autant de vieux touristes américains à la recherche de l’exotisme des villes d’Europe de l’Est, mais davantage des jeunes fêtards et des enterrements de vie de garçon. Mais bon, les choses changent aussi de ce côté là, car on observe de plus en plus de familles avec enfants dans le quartier de la fête.

Ce que j’ai également constaté ces dix dernières années, c’est qu’à la différence des autres capitales de la région, le phénomène budapestois n’a pas été anticipé ni planifié de cette façon. À Prague par exemple, le marketing urbain a mis en avant l’image de la «ville médiévale romantique», alors qu’à Budapest, il n’y a jamais de telle stratégie touristique. Si les projets imaginés au début des années 1990 s’étaient réalisés, le 7e arrondissement, ou en tout cas le quartier festif, serait devenu à coup sûr un quartier résidentiel haut standing.

Ludovic Lepeltier-Kutasi