Budapest capitale mondiale de la décroissance

Du 30 août au 3 septembre se tient la Conférence internationale de la décroissance à Budapest. Organisée par trois comités répartis entre Budapest, Zagreb et Ljubljana, l’enjeu de l’événement est, entre autres, de mener une réflexion approfondie sur la trajectoire économique, sociale et politique des pays d’Europe centrale et orientale.

En ce soir de 30 août, dans le magnifique immeuble de l’Université Corvinus, celui qui domine le Danube de sa rive orientale, l’amphithéâtre qui accueille la première séance plénière de la Conférence internationale de la décroissance est plein à craquer. Plus de 400 personnes venues de toute l’Europe – et même de plus loin – sont venues écouter quasi-religieusement les orateurs du moment. Les hongrois Zoltán Pogátsa et Alexandra Köves, la chercheuse croate Danijela Dolenec, ainsi que l’hellène Giorgos Kallis discutent de «décroissance dans un contexte semi-périphérique». Tout un symbole dans la capitale hongroise Budapest, métropole brouillonne de cette Europe qui vient.

 Giorgos Kallis, Danijela Dolenec, Zoltán Pogátsa et Alexandra Köves © Hulala - Tous droits réservés
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La Conférence internationale de la décroissance crue 2016 est la cinquième édition d’une manifestation qui croise les sphères militantes et académiques. Selon l’un des principaux instigateurs de l’événement, Vincent Liegey (par ailleurs «vieux compagnon de route» de Hulala, nda), le choix de Budapest s’est fait lors d’une table-ronde portant sur la décroissance en contexte post-socialiste, organisée lors de la précédente édition à Leipzig. Par ailleurs, il entre en écho «avec des initiatives locales qui se font en lien avec la décroissance», notamment la plateforme logistique Cargonomia, spécialisée dans la mise en relation entre producteurs et consommateurs. «On s’est dits que ce serait intéressant d’organiser l’événement en Europe centrale. Alors on a candidaté. On a créé un collectif avec des Hongrois, avec des étrangers comme moi qui vivent à Budapest, mais aussi avec des gens qui viennent d’un peu partout dans la région».

Le mélange des genres entre chercheurs et militants promet d’être détonnant, dans la mesure où les uns et les autres ne partagent pas toujours la même culture du débat et de la controverse. Toute une brigade chargée de la «convivialité» a d’ailleurs été créée pour que la mayonnaise prenne bien : elle s’est vue confier l’organisation de la «Semaine de la décroissance». Il s’agit – selon le site Internet de l’événement – d’un festival ouvert qui «proposera dans toute la ville des ateliers pratiques, des visites d’alternatives où créativité et démocratie participative se mêleront à la convivialité pour imaginer d’autres possibles». Fidèle au credo de ce mouvement politique né dans les années 1970, l’ambition est d’encourager la transversalité, ne plus opposer «ceux qui pensent» à «ceux qui font».

Tombés en décroissance

Dans les faits, l’Europe centrale en tant que telle a peu répondu présent à l’appel, tandis que plusieurs activistes originaires des Balkans ont au contraire montré un plus grand enthousiasme. Pourtant, comme le rappelle Vincent Liegey, parmi les inspirateurs du mouvement se trouvaient de nombreux intellectuels de la Mitteleuropa. Outre la figure tutélaire de Karl (Károly) Polányi, penseur hongrois, auteur de la Grande transformation, la décroissance s’inscrit aussi dans les pas des Viennois Ivan Illich et André Gorz, ou encore du Roumain Nicholas Georgescu-Roegen, auquel Jacques Grinevald et Vincent Liegey ont consacré un reportage en 2008.

Décroissance : Hommage à Nicholas Georgescu-Roegen from Décroissance – Degrowth on Vimeo.