Ambiance fratricide chez les Hongrois de Slovaquie

Les dirigeants des deux partis de la minorité magyarophone de Slovaquie – le SMK/MKP et Most-Híd – ont entamé il y a un mois un rapprochement dans la bourgade de Dunajská Streda, au sud-ouest du pays. Les récentes sorties du président du Parlement hongrois László Kövér compliquent fortement le processus.

Le sommet de Dunajská Streda aurait dû poser la première pierre de la réconciliation entre le Parti de la communauté hongroise (SMK/MKP) et Most-Híd, une petite organisation libérale-conservatrice ayant fait scission en 2009. Si l’on en croit le quotidien slovaque Új Szó, le rapprochement des frères ennemis souffre en grande partie de l’immixtion du Fidesz dans leurs affaires internes. En cause, les récentes sorties de László Kövér, président du Parlement hongrois proche de Viktor Orbán, pour qui la création de Most-Híd il y a sept ans serait un acte de « trahison à la patrie ». « Most-Híd n’est pas un parti hongrois. Béla Bugár [son fondateur] ne serait qu’un politicien slovaque, qui parle bien hongrois » avait notamment déclaré le chef des députés hongrois lors d’un déplacement à Oradea le 29 novembre dernier.

Pour Péter Őry, député SMK/MKP, la déclaration de László Kövér s’inscrit dans le contexte de l’élection législative en Roumanie, au cours de laquelle les deux formations représentants la minorité magyarophone avaient réussi à s’allier pour se maintenir au Parlement de Bucarest. Le président du SMK/MKP,  József Menyhárt a quant à lui préféré ne pas commenter les déclarations du dirigeant hongrois, préférant attirer l’attention sur ce qui unissait les magyarophones de Slovaquie, à savoir « comment arrêter le dépeuplement hongrois, comment être capables de rester et être heureux sur la terre ancestrale ».

Malgré ces tentatives de temporisation, la sortie de László Kövér contre Most-Híd a ravivé les plaies entre les deux partis de la minorité magyarophone. Beaucoup au sein du SMK/MKP n’ont ainsi jamais digéré la volonté du petit parti dissident de vouloir tendre la main à la majorité slovaque. Plus récemment, l’entrée de Most-Híd dans la coalition gouvernementale aux côtés du social-démocrate Robert Fico, a accentué le sentiment de défiance. Sur les réseaux sociaux, Béla Bugár et d’autres cadres de Most-Híd ont été violemment pris à parti par Péter Őry, mais également par László Gubík, responsable des jeunes du SMK/MKP. Ce dernier est notamment l’auteur d’une saillie virulente dans laquelle il qualifie Béla Bugár de « brigand », lui prévoyant la même fin que celle de Juraj Jánošík, un « robin des bois » slovaco-polonais mort pendu à un crochet. Des propos immédiatement dénoncés par József Menyhárt, déplorant l’emploi de « mots violents ».

Pour Béla Bugár, ces provocations compromettent le rapprochement entre les deux formations politiques. « La déclaration de Kövér ne m’intéresserait pas si elle m’était uniquement adressée. Mais il a aussi dénigré comme slovaque l’ensemble de l’électorat hongrois de Most-Híd. Et c’est sur cette ligne que s’est aligné László Gubík, le président de Via Nova ICS, qui a même appelé à me liquider », a-t-il notamment déclaré à Új Szó. Pour le fondateur de Most-Híd, le président du Parlement hongrois ne fait que reprendre la rhétorique de Ján Slota, leader d’extrême-droite, lequel a toujours considéré qu’il n’y avait pas de Hongrois en Slovaquie, mais seulement des « Slovaques de langue hongroise ».

La querelle fratricide entre le SMK/MKP et Most-Híd s’inscrit dans un contexte de tension singulière entre les Hongrois d’outre-frontières et la « mère-patrie » hongroise. Autoproclamé Premier ministre de tous les Hongrois, Viktor Orbán mène depuis son premier mandat en 1998 une politique très inclusive à l’égard de ces minorités nationales, au point de leur avoir octroyé la citoyenneté hongroise en 2010. L’activisme de Budapest sur ces questions ne cesse pourtant de cliver ces populations entre une allégeance sans faille au Fidesz au pouvoir en Hongrie et une ligne autonome, davantage prompte à la coopération avec la population majoritaire.

Most-Hid : « Les victimes sont les Hongrois de Slovaquie »

Ludovic Lepeltier-Kutasi

Doctorant

Directeur de la publication de Hulala. Doctorant en géographie (Université François-Rabelais, UMR CITERES/associé au Centre de recherches en sciences sociales (CEFRES) de Prague).