Alice Wonder : une Hongroise à Paris….

A peine remis de la lecture du chef-d’œuvre d’Alice Zeniter Sombre dimanche, je tombe par hasard sur l’ouvrage d’une autre Alice: Champs-Él… izé d’Alice Wonder.

Deux ouvrages d’un genre totalement différent. Le premier, un roman, nous avait introduit dans l’intimité d’une famille hongroise à travers plusieurs générations de l’après-guerre. Un ouvrage aux tonalités sombres, mais profondément émouvant, où l’auteur a parfaitement senti et rendu tout un pan de l’âme hongroise.

Tout au contraire, le second ouvrage est tout en lumière, emprunt de légèreté, de fraîcheur et non dépourvu d’une bonne dose d’humour.

Sous la forme de chapitres très brefs – instantanés de la vie quotidienne -, l’auteure, Hongroise établie à Paris depuis quelques années, nous fait part de ses impressions de sa vie parisienne. Toujours sur des sujets en apparence anodins et pourtant combien révélateurs: pique–nique avec des amies au parc de Sceaux, lèche-vitrines aux Grands magasins à la veille des Fêtes, bref échange au café avec un serveur, petits démêlés avec les employées de la «Sécu», etc. Scènes de la vie quotidienne sans grande conséquence, sorte de prisme par lequel l’auteur nous associe à vie privée, pour nous faire partager ses sentiments. Certes, on ne partagera pas toujours ses conclusions (1), mais peu importe : là n’est pas l’essentiel.

Car, plus que dans le fond, l’essentiel réside dans la forme. Rédigé (en hongrois) dans un style fluide, léger, parsemé çà et là d’expressions cocasses de sa fabrication ou d’images savoureuses (2), voilà un   ouvrage qui se lit facilement, avec plaisir, presque d’une seule traite.  L’impression qu’en gardera le lecteur – du moins est-ce mon cas – est celle d’être introduit dans le cercle des amis intimes de l’auteur. Spontanément, sans aucun préjugé ni aucun artifice, Alice Wonder se confie à nous, un peu comme dans une lettre qu’elle écrirait à sa famille ou des amies intimes.

Je ne connais pas Alice Wonder, mais je la sens extrêmement spontanée et, surtout, ne se prenant nullement au sérieux. Traitant avec ironie (parfois auto-ironie) des mésaventures que toute autre aurait prises de haut. Bref, un regard critique, certes, mais exempt de toute amertume, souvent même généreux.

C’est en cela, justement, que je la sentirais déjà bien «parisienne» : prompte à dédramatiser les petits désagréments de la vie de tous les jours, voire des offenses ou injustices révoltantes, pour en sourire, bref  passer tout cela par le filtre de la bonne humeur et de la légèreté.

Et au final… une (pudique) déclaration d’amour envers Paris. Alice ayant compris que l’amour est un tout et que l’être aimé est à prendre comme tel, avec ses charmes et ses mauvais tics, même s’ils sont parfois horripilants. Un approche extravertie particulièrement bienvenue.

A déconseiller aux esprits grincheux. A recommander à celles et ceux qui aiment Paris telle quelle, sans fard, sans maquillage.

…Sans renier pour autant leur terre natale tout aussi chérie. Il y a ici de la place pour deux !


  • (1): tel, par exemple, son jugement à mon goût dur et trop sévère sur la cuisine française – … sauf lorsqu’elle désacralise à jute titre notre trop surestimée «baguette» nationale, ce qu’elle fait d’ailleurs gentiment, avec une affectueuse ironie dont nul ne saurait s’offusquer.
  • (2): par exemple: la scène de notre «babysitter-trottinant-avec-sa-poussette-derrière-(la-gamine)-lancée-à-fond-de-train-sur-ses-rollers» («száguldó-rolleres-után-babakocsival-loholó-bébiszitter» jelenet)

Pierre Waline

Diplômé des Langues'O (russe, hongrois, polonais), Pierre Waline est spécialiste de l'Europe centrale et orientale. Il vit a Budapest où il co-anime entre autres une émission de radio.