Accouchement à domicile : Ágnes Geréb condamnée en appel

Vendredi dernier, la Cour d’appel de Budapest a prononcé son verdict dans l’affaire Ágnes Geréb, obstétricienne et sage-femme connue en Hongrie pour être la pionnière de l’accouchement à domicile. Sa condamnation à deux ans de prison ferme a été confirmée.

Par Justine Ducros

Suite à un incident survenu lors d’un accouchement à domicile (les secours avaient dû intervenir), le docteur Ágnes Geréb a été arrêtée en octobre 2010. Elle a été libérée après 10 semaines de détention préventive en décembre 2010 (grâce notamment à l’intervention de la Cour européenne des Droits de l’Homme) et assignée à résidence depuis. Condamnée en première instance en mars 2011, elle a vu sa demande de grâce présidentielle refusée par Pal Schmitt en juin 2011.

Depuis le début de cette affaire, un débat s’est installé en Europe centrale sur le droit des femmes à décider où et comment elles veulent donner naissance. Dans la plupart des pays de la région, les accouchements à domicile restent permis mais fortement déconseillés. En Pologne et en République tchèque par exemple, ils ne sont pas remboursés par l’assurance maladie. Dans ces pays, il y a seulement quelques centaines de naissances à domicile par an.

3500 naissances à son actif

Par comparaison, aux Pays-Bas les accouchements à domicile représentent plus de 30% des couches. Mais en Hongrie, la loi reste floue sur le sujet. En effet, la loi hongroise accorde aux femmes la liberté de choisir où et avec qui elles souhaitent accoucher mais elle interdit aux médecins, infirmières et sages-femmes de proposer leurs services dans le cadre d’accouchements pratiqués en dehors du milieu hospitalier. Ceux qui se risquent à assister ces naissances à domicile peuvent perdre le droit d’exercer leur profession, et encourent, en cas de complications, des peines allant jusqu’à 8 ans de prison. Cette loi, paradoxale, fait donc d’Agnes Geréb une pionnière en la matière car elle contournait la législation en ayant fait naître plus de 3500 enfants à ce jour.

Malheureusement, le 5 octobre 2010, une femme enceinte, à qui la sage-femme avait refusé l’accouchement à domicile car celle-ci présentait des problèmes de coagulations sanguines, a donné naissance à un bébé présentant des problèmes respiratoires et des problèmes de circulation du sang. Agnès Geréb qui lui avait toutefois proposé de suivre les séances de préparation à l’accouchement s’est retrouvée face à une future mère dont le travail avait commencé. L’ambulance, qui bien qu’appelée immédiatement, n’est arrivé que 40 minutes plus tard et le nouveau-né a dû être transféré en urgence dans un service pédiatrique de l’hôpital Semmelweis, tandis que la mère était prise en charge par les services obstétriques de ce même hôpital. Il semblerait qu’au même moment, la police procédait à l’arrestation du docteur, placé en détention depuis lors et sujet, selon plusieurs observateurs, à des violences et des traitements dégradants de la part de ses gardiens.

Des médecins qui tiennent à leurs pots de vins ?

Une grande majorité des médecins en Europe centrale est convaincue que l’accouchement à domicile est très risqué, mais selon les sages-femmes, c’est surtout l’ignorance et la volonté de sauvegarder une source lucrative de revenus qui motivent cette conviction. Elles expliquent que les « dessous de tables » pour les médecins accoucheurs des hôpitaux hongrois sont une pratique fréquente.

Il est cependant bon de savoir que malgré l’environnement familial plus rassurant, la femme ne peut pas, à domicile, bénéficier des techniques de réduction ou de suppression de la douleur lors de l’accouchement (péridurale, etc.). En cas de complications, son transport à l’hôpital se fera dans une situation d’extrême urgence.

En France, seules les patientes dont la grossesse ne présente aucun risque ont le droit de procéder à un accouchement à domicile.

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