2017 pourrait vraiment être « l’année de la rébellion »

Viktor Orbán a déclaré dans un entretien paru avant Noël que « 2017 sera l’année de la rébellion ». Cela signifie pour lui qu’il n’hésitera pas à mobiliser toute la puissance de l’État pour combattre les institutions indépendantes qui résistent encore à son omnipotence. Il a notamment dit vouloir faire le ménage du côté de la société civile.

Tribune publiée le 3 janvier 2017 dans Kettős Mérce. Traduite du hongrois par Ludovic Lepeltier-Kutasi.

Dans une analyse similaire à celle-ci, faite il y a un an, j’avais dit que 2016 serait l’année de l’augmentation des salaires. C’est peu ou prou ce qui est arrivé. Effectivement, la fin de l’année écoulée s’est traduite par une hausse des revenus, bien que le problème des bas-revenus, savamment entretenu par le Fidesz lui-même – ce qu’Orbán ne dément pas -, n’ait pas été complètement réglé. Si l’on regarde les pays voisins, les salaires y restent plus élevés qu’en Hongrie, tandis que les revenus médians y valent deux fois celui d’ici. Nous comparons ici la Hongrie avec des pays qui sont partis de la même ligne de départ.

C’est précisément cet élément, l’augmentation des salaires à la fin de l’année, qui remet en question mes prédictions pour 2017.

Car si l’on regarde les différentes enquêtes, nous pouvons nous rendre compte que 55-62% de la population estime ne peut pas être satisfaite de la politique menée par le gouvernement et plus généralement par l’évolution de la situation du pays. Ce taux reste en-deçà, mais de peu, du pire score enregistré par le gouvernement Gyurcsány en 2008, lorsque le niveau d’insatisfaction avait atteint 72%.

Il est vrai que l’on peut se demander si cette insatisfaction persistera après les cadeaux de fin d’année du gouvernement, le saupoudrage des fonds européens pour ces prochaines années ou encore la relance de l’économie juste avant les élections législatives.

La différence entre 2006-2008 et la période actuelle est saisissante. Il y a dix ans, un responsable politique (Viktor Orbán, ndlr) avait su capter le mécontentement et même souffler sur les braises pour en bénéficier davantage. Aujourd’hui, il n’y a personne en face du Fidesz qui pourrait en profiter de la même façon, et encore moins l’attiser.

« Si l’on sent bien la colère affleurer en surface, la question de 2017 est précisément de savoir l’intensité qu’elle prendra la prochaine fois qu’elle se montrera. »

Cela ne veut pas dire qu’il n’y aura pas de gronde en 2017, dans la mesure où les deux grands sujets qui inquiètent la population – la corruption et l’état du système de santé – ne seront vraisemblablement pas réglés d’ici là. Si l’on sent bien la colère affleurer en surface, la question de 2017 est précisément de savoir l’intensité qu’elle prendra la prochaine fois qu’elle se montrera.

Si cette question agite 2017, elle agitera aussi sans doute 2018. Car s’il y a cette année des manifestations qui sauront porter durablement le mécontentement, 2018 sera une année très inconfortable pour le Fidesz. Si celles-ci n’ont pas lieu, alors le parti gouvernemental pourra rempiler sans sourciller pour une majorité des deux-tiers.

Mais nous avons pu constater l’année dernière ce qu’il en était lorsque cette contestation rencontrait dans la rue des inquiétudes sectorielles, lesquelles portaient alors sur les questions d’éducation. Le mouvement « Tanítanék » (« J’aimerais enseigner », ndt) a ainsi su mobiliser des dizaines, parfois des centaines de milliers de personnes durant plusieurs mois, faisant plonger la popularité du Fidesz de 34% fin 2015 à 26%. Si entre temps la campagne référendaire a permis une remontée à 32%, son taux d’opinions favorable a de nouveau reflué à 30% à la fin de l’année.

S’il advient en 2017 un ou deux sujets qui touchent l’ensemble de la société – je ne parle pas ici de thèmes politiques secondaires -, lesquels déboucheraient sur un mouvement puissant, alors 2017 sera effectivement l’année de la rébellion.

« Comme nous l’avons constaté l’année dernière et en dépit de ce qui est dit parfois, les gens descendent volontiers dans la rue pour manifester leur opposition. »

Or des sujets comme ça, il y en a déjà plein. La liste est sans fin : la corruption, la situation du système de soin, la liberté de la presse, l’état de l’éducation, l’attitude du gouvernement ! Par ailleurs, comme nous l’avons constaté l’année dernière et en dépit de ce qui est dit parfois, les gens descendent volontiers dans la rue pour manifester leur opposition. L’organisation d’une manifestation rassemblant plusieurs milliers de personnes pour le Népszabadság, en moins de cinq heures, en est un bel exemple ! Autre enseignement : celui selon lequel l’organisation de manifestations ou la structuration de collectifs (comme Tanítanék) peuvent avoir un impact.

De ce point de vue, plusieurs interrogations surviennent quant à 2017 : est-ce qu’il y a ou est-ce qu’il y aura pareils sujets de mobilisation ? A mon avis, oui. Est-ce que ceux qui porteront ces contestations sauront construire des mouvements durables ? Est-ce qu’ils réussiront de la même façon à conserver le soutien populaire sur un temps aussi long ? Pourquoi pas ? Par le passé, plusieurs mouvements ont en partie réussi ce pari.

En fait, la véritable question c’est si nous sommes prêts à  dépasser notre mécontentement pour de nouveau faire confiance en un nouveau mouvement politique ?

Si tel est le cas, alors 2017 sera véritablement l’année de la rébellion, ce qui aura une incidence sur 2018 également.

Si d’aventure l’on répondait par la négative à toutes ces questions, alors l’obtention d’un troisième mandat sera à la fois une promenade de santé pour Viktor Orbán et sonnera comme la légitimation des terribles choses qu’il a faites ces quatre dernières années.

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András Jámbor

Journaliste

Membre de la rédaction de Kettős Mérce